« Quand Fred Astaire dansait, tout dans ce monde était parfait. »

Stanley Donen est un réalisateur et chorégraphe d’origine américaine. Il est né le 13 avril 1924 à Columbia, dans l’état de la Caroline du Sud. Bien que ses parents soient de confession juive, il devient athée durant sa jeunesse.

Occasionnellement victime de brimade de la part de certains camarades antisémites, son enfance fut un moment d’intense solitude. Il fréquente assidument les salles de cinéma. Il manifeste un goût pour les westerns en particulier. En 1933, un film fait fort impression sur le jeune Donen, Flying Down to Rio, la comédie musicale interprétée par Fred Astaire et Ginger Rogers. Peu après, son père lui offre une caméra 8mm.

Sous l’influence de Fred Astaire, Donen s’inscrit à un cours de danse. Il voit un grand nombre de comédies musicales à Broadway. Il obtient l’équivalent du bac américain, s’inscrit à l’université, et continue les cours de danse. Suite à quelques auditions, il est choisi comme danseur dans une production musicale qui se tiendra sur Broadway : Pal Joey de George Abbott. Le rôle titre est attribué à Gene Kelly, jeune espoir pétri de talent. Rapidement, il devient l’assistant du chef de plateau tout en s’occupant des chorégraphies. Il sera renvoyé quelques jours plus tard mais sera rappelé pour le prochain spectacle de George Abbott, Beat the Band.

En 1943, Arthur Freed, le producteur à succès estampillé MGM, achète les droits de Beat the Band, et en tire une version cinématographique. Donen y fait une apparition en tant que danseur, en plus de son poste d’assistant chorégraphe. A la MGM, Donen cultive une amitié de longue durée avec Gene Kelly, ce dernier devenant un acteur de grande renommée auprès des spectateurs. Alors que ce dernier doit tourner un film sous l’égide de la Columbia, avec Rita Hayworth, il demande à Donen de chorégraphier les nombreuses scènes de danse présentes dans le film. Le film fut un grand succès et consolida Gene Kelly dans son statut d’acteur célèbre. Suite à ça, Donen signe un contrat d’un an avec la Columbia. Il retourne à la MGM l’année suivante, Gene Kelly ayant besoin de ses services dans le cadre d’un tournage.

En 1944, Donen et Kelly exécutent la chorégraphie de la comédie musicale, Anchors Aweigh, avec Gene Kelly et Franck Sinatra. Le film est réputé pour sa célèbre scène dans laquelle Kelly exécute une danse avec Jerry, la souris tirée du dessin animée Tom et Jerry. Séquence pour laquelle Kelly et Donen ont mis presque une année pour la peaufiner.

En 1944, Kelly rejoint l’armée afin d’effectuer son service en tant que photographe des armées. Pendant ce temps-là, Donen travaille sur diverses chorégraphies présentes dans certains films de cette époque. De retour à la vie civile, Kelly retrouve Donen dans le cadre de quelques films.

En 1949, le producteur Arthur Freed propose à Donen et Kelly de mettre en scène On the Town. Pour la scène d’introduction, Donen et son directeur de la photographie, Harold Rosson, tourne une scène dans les rues de New-York. Cette séquence sera émaillée de nombreuses techniques qui feront date bien plus tard, en particulier au sein de la Nouvelle Vague française : jump-cut, panoramique 360°, caméras cachées, acteurs non profesionnels… Le film est un immense succès public et critique. Il remporte l’oscar de la meilleure musique. A l’instar d’Orson Welles, Donen effectue ses premiers pas derrière la caméra à l’âge de 25 ans. Kelly était chargé des chorégraphies sur ce film.

Suite au succès de On the Town, Donen signe un contrat de sept ans avec la MGM. Un de ses premiers films pour la firme sera l’occasion pour Donen de diriger une de ses idoles de jeunesse, Fred Astaire. Judy Garland était initialement prévue dans le rôle principal mais fut finalement remplacée par l’actrice Jane Powell.

En 1951, Donen réalise Love is Better than Ever. L’acteur principal, Larry Parks, suspecté d’activités communistes fait preuve d’un zèle apprécié par les autorités en usant de la délation. Le film est un insuccès au box-office.

En 1952, Kelly et Donen se réunissent afin de mettre en scène Singing in the Rain. Kelly est au faîte de son succès depuis la sortie du long-métrage de Vincente Minelli, Un Américain à Paris.

Le film narre l’odyssée de Don Lockwood (Gene Kelly) et Lina Lamont (Hagen), grandes stars du muet menacées par l’arrivée du cinéma parlant. Pour conjurer cette peur du déclassement, ils vont lancer la production d’un film musical. Plusieurs mois ont été nécessaires pour réaliser les séquences chorégraphiées. Donen et Kelly durent creuser des trous dans le ciment afin de créer des flaques d’eau dans la fameuse scène de danse. Le film est un grand succès au box-office même si quelques critiques émettent des réserves sur le film. Ce n’est qu’en 1975, dans le cadre d’une ressortie, que Singin in the Rain gagne ses galons de film culte.

Dorénavant réalisateur reconnu, Donen continue sa carrière sous l’égide de la MGM avec le film suivant, L’Intrépide (Fearless Fagan). Inspiré d’une histoire vraie, le film narre l’histoire d’une personne joignant l’armée accompagné de son lion dompté. Son film suivant est une comédie musicale, Donnez-lui une chance (Give a Girl a Break). Le tournage du film a été particulièrement houleux, des désaccords eurent lieu entre les chorégraphes Bob Fosse et Gower Champion créant une scission au sein même de l’équipe du tournage. Donen continue sa carrière avec Les Sept Femmes de Barbe-Rousse (Seven Brides for Seven Brothers). Tourné en « Cinemascope », il est surtout reconnu pour ses séquences chorégraphiées. Le film est un immense succès au box-office.

En 1955, Donen et Kelly s’allie pour la troisième et dernière fois sur la comédie musicale, Beau Fixe sur New-York (It’s Always Fair Weather). Arrivé à la fin de son contrat avec la MGM, il termine le tournage de Kismet, débuté par Minnelli, ce dernier a dû se retirer du projet pour compléter d’autres engagements. Ca sera le dernier travail effectué par Donen pour le compte de la MGM.

Pour son prochain long-métrage, Donen réalise Drôle de Frimousse (Funny Face) sous l’égide de Paramount Pictures. La bande-originale comporte 4 chansons de George et Ira Gershwin, Fred Astaire et Audrey Hepburn sont les deux acteurs principaux. Diffusé au festival de Cannes 1957 et reçut des critiques assez positives. Quelques mois plus tard, Donen reçoit une lettre de don ancien mentor, George Abbott, afin de réaliser une version cinématographique de son succès théâtral Pique-Nique en Pyjama (The Pajama Game). Avec Doris Day et John Raiit dans les rôles principaux, le film a été un succès modeste mais s’attira les louanges de Jean-Luc Godard.

Sous l’impulsion de Cary Grant, Donen réalise Embrasse-la pour moi (Kiss Them For Me). Après trois films, Donen devient un producteur et réalisateur indépendant. Libéré des contraintes des studios, il crée Grandon Productions avec Cary Grant et signe un contrat de distribution avec la Warner. Depuis ce moment-là, ses films seront faits de manière indépendante. Donen inaugure sa maison de production avec Indiscret (Indiscreet). Succès critique et public. Donen retourne brièvement à la comédie musicale avec Damn Yankees, en 1958, adapté d’une pièce de théâtre à succès de George Abbott.

Donen s’installe en Angleterre pour une période incertaine. Il réalisera quelques films là-bas, dont Chérie Recommençons (Once More, with Feeling), Un cadeau pour le patron (Surprise Package) et Ailleurs l’herbe est plus verte (The Grass is Greener).

En 1963, Donen réalise un de ses films les plus célèbres : Charade, avec Cary Grant, Audrey Hepburn, Walter Mathau, James Coburn… Ce film résulte de l’envie de Donen à réaliser un film dans la lignée de ceux d’Alfred Hitchcock. Le film Charade est considéré comme une des meilleures œuvres sous influence « Hitchcockienne ». Un autre film dans la même lignée suivit Arabesque avec Gregory Peck et Sophia Loren.

En 1967, Donen réalise Voyage à Deux (Two for the Road), avec Audrey Hepburn. Le film est considéré comme un des plus personnels de Donen. En dépit d’un succès modéré au box-office et des critiques mitigées, il acquiert au fil des années un statut culte.

Son film suivant, Fantasmes (Bedazzled), est une collaboration avec un duo de comiques Peter Cook et Dudley Moore, très reconnus en Angleterre à cette époque. Sorte de variation sur le thème de Faust, Raquel Welch et Elenor Bron interprètent les rôles principaux. L’année suivante, Donen met en scène Staircase (L’Escalier), une adaptation cinématographique d’une pièce théâtrale sur un couple gay. Malgré quelques critiques peu flatteuses, le film a été réévalué lors des années 2000.

En 1970, il revient vivre à Hollywood. Un de ses premiers films est une adaptation cinématographique et musicale du Petit Prince. Son film suivant, Les Aventures de Lucky Lady (Lucky Lady), comprend dans les rôles principaux Liza Minelli, Gene Hackman et Burt Reynolds. Minelli interprète une vendeuse d’alcool lors de la Prohibition, aidée dans son trafic par Hackman et Reynolds. Le film reçut des critiques peu élogieuses mais reste un des films préférés de Donen.

Changement de registre pour Donen en 1980 avec le film de science-fiction, Saturn 3, avec Kirk Douglas, Farrah Fawcet et Harvey Keitel. Le film est un échec financier et critique et Donen aimerait retirer son nom du générique. Peu après, Donen est lié à la production de The Dead Zone, adaptation cinématographique du roman de Stephen King. Finalement, Cronenberg récupère les droits du film et s’octroie le droit de le réaliser. Le dernier film de Donen, La Faute à Rio (Blame it on Rio), est une relecture d’un film de Claude Berri, Un Moment d’Egarement. Le film eut un succès d’estime en dépit de critiques moyennes.

Suite à ça, Donen sera rattaché à plusieurs projets, malheureusement aucun n’aboutira vraiment. Un de ses projets devait être une adaptation musicale et cinématographique du Dr Jekyll et Mr Hyde, avec Michael Jackson dans un des rôles principaux.

Bibliographie

– Dancing on the Ceiling: Stanley Donen and His Movies, Stephen M. Silverman, Knopf, 1996. (Anglais)
– Stanley Donen, de Joseph Andrew Casper, Scarecrow Press, 1983. (Anglais)
– Charade de Stanley Donen, Collectif, L’Avant-Scéne Cinéma, 2017.
– Singin’ in the Rain, Peter Wollen, BFI Publishing, 2012. (Anglais)

Filmographie

2003 The Lionel Richie Collection (Documentaire vidéo) avec Michael Bay
1999 Le dernier aveu (TV)
1986 Clair de lune (TV)
– Big Man on Mulberry Street
1984 La Faute à Rio remake d’Un moment d’égarement de Claude Berri (1977)
1980 Saturn 3 avec John Barry
1978 Folie Folie
1975 Les Aventuriers du Lucky Lady
1974 Le Petit Prince d’après Antoine de Saint-Exupéry
1969 L’Escalier
1967 Fantasmes
1967 Voyage à deux
1966 Arabesque
1963 Charade
1960 Ailleurs l’herbe est plus verte
1960 Un cadeau pour le patron
1960 Chérie recommençons
1958 Cette satanée Lola
1958 Indiscret
1957 Embrasse-la pour moi
1957 Pique-nique en pyjama avec George Abbott
1957 Drôle de frimousse
1955 Kismet (non-credité) de Vincente Minnelli
1955 Beau fixe sur New York de Stanley Donen et Gene Kelly
1954 Au fond de mon cœur
1954 Les Sept Femmes de Barbe-Rousse
1953 Donnez-lui une chance
1952 L’Intrépide
1952 Chantons sous la pluie avec Gene Kelly
1952 Love Is Better Than Ever
1951 Mariage royal
1949 Un jour à New York avec Michael Bay

Filmographie comme acteur

1963 Charade (voix, non crédité) de Stanley Donen
1952 Love Is Better Than Ever (non crédité) de Stanley Donen
1943 Best Foot Forward (non crédité) d’Edward Buzzell