« Vous pouvez faire un film sur n’importe quoi, à condition qu’il ait un crochet pour accrocher la publicité. »

« En tant que producteur, je suis probablement un peu plus fort que la plupart, puisque j’étais réalisateur à l’origine. »

Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit.

On lui doit plus d’une cinquantaine de films au titre de réalisateur et 400 au titre de producteur, ces derniers étant souvent des films à petit budget. Formidable dénicheur de talents, il a lancé bon nombre de réalisateurs aujourd’hui reconnus comme Martin Scorsese, Ron Howard, Francis Ford Coppola, Joe Dante, James Cameron, Peter Bogdanovich ou encore Jonathan Demme. Il a également fait de Vincent Price son acteur fétiche. Les films de Roger Corman feront de Vincent Price un monument du Cinéma d’épouvante. Il lança également Jack Nicholson en lui offrant ses premiers grands rôles au cinéma et en lui apprenant les ficelles du métier. Il diffusa des films de prestige (Truffaut, Fellini, Bergman. ..).

A l’université, il se dirige dans un premier temps vers l’électro-ingénierie. En 1948, il travaille brièvement pour l’entreprise US Electrical Motors. Cependant, sa carrière professionnelle ne dure que 4 jours. Il débute le travail lundi pour le quitter le jeudi de la même semaine en disant à son patron : «J’ai fait une erreur ».

Ayant un intérêt plus prononcé pour le cinéma, Corman trouve un emploi chez 20th Century Fox, basé au Los Angeles, au service des courriers. Peu à peu, il gravit les échelons et devient lecteur de scénario. Non seulement, il apprécie cette tâche journalière mais il ira jusqu’à proposer des idées nouvelles, rectifications… Ainsi, c’est le cas pour le film The Gunfighter de Henry King, avec Gregory Peck. Lorsqu’il se rend compte, à son grand dam, que son nom ne figure pas au générique, il quitte la 20th Century Fox.

Entre-temps, Corman s’inscrit à la fac dans le dessein d’étudier la littérature, à l’université d’Oxford. Suite à ces études, il retourne à Los Angeles et débute sa carrière au sein de l’industrie cinématographique en tant que producteur et scénariste. Nous sommes en 1953.

Au mitan des années 50, Corman s’initie à la réalisation avec Swamp Women (1955). Période faste pour le producteur où il produit environ une dizaine de films par an.

Ses réalisations sont à classer dans la série B. Roger Corman avait un principe simple : un budget très faible, un salaire de misère, un sujet avec de l’action et une assez grande liberté pourvu que le budget ne soit pas dépassé. Finalement, les films étaient plus ou moins bâclés (fautes de raccords, micros dans le champ…), réalisés en moins de cinq jours, voire deux. Néanmoins, on trouve quelques réelles réussites, comme La Petite Boutique des horreurs, une comédie horrifique avec une plante carnivore parlante. Il s’est essayé à de nombreux genres, tel le film de gangster (Mitraillette Kelly, avec Charles Bronson en tueur plus vrai que nature), l’un de ses films les plus réussis, avec The Intruder.

En 1964, il est l’objet d’une rétrospective à la cinémathèque française faisant de lui le plus jeune cinéaste, du moins pour l’époque, à avoir eu ce privilège.

Mais c’est le passionnant cycle Edgar Poe, dans une veine fantastique, qui a donné à Corman ses lettres de noblesse, et contribua à sa réputation en Europe. Pour la circonstance, il s’entoure d’une équipe de fidèles : l’écrivain Richard Matheson, ainsi que Charles Beaumont et Charles Griffith sont aux scénarios. Floyd Crosby, ancien opérateur de Friedrich Murnau, est de la partie. Pour les acteurs, Vincent Price qui est la star de ce cycle, Peter Lorre, Leo Gordon, Boris Karloff et Basil Rathbone sont sollicités.
Les histoires se déroulent dans de superbes décors de studio très colorés : manoirs hantés, paysages fantastiques, marécages envahis de brouillard, etc. La mise en scène est plus soignée que d’habitude, et Roger Corman, qui a œuvré pour un certain cinéma psychédélique (The Trip), affectionne les effets oniriques. Le résultat artistique est splendide. La Chute de la maison Usher inaugure le cycle, Le Masque de la mort rouge, L’Empire de la terreur, La Chambre des tortures sont splendides et rendent parfaitement l’atmosphère de Poe. Le chef-d’œuvre est incontestablement Le corbeau. Le poème original est transformé en une comédie burlesque, avec Price, Karloff, Lorre et le jeune Jack Nicholson, et s’achève par un duel de sorcellerie. Inspiré par Lovecraft, La Malédiction d’Arkham, avec un poème de Poe en ouverture et final, est une réussite. Ces films possèdent une certaine analogie avec les productions Hammer (Terence Fisher), mais avec un goût prononcé pour le théâtral et une mise en scène presque expressionniste.

Le cycle Edgar Poe a eu une influence notable sur Tim Burton, notamment sur Sleepy Hollow et ses décors fantastiques. Tim Burton est d’ailleurs un grand fan de l’acteur Vincent Price.

Plus tard, en 1970 exactement, Corman fonde la société de production : New World Pictures. Cette maison de production est à l’origine de quelques séries-b cultes des années 70-80 : Femmes en cages (1971), La Course à la mort de l’an 2000 (1975), Rock’n’Roll High School (1979), La Galaxie de la terreur (1981), Les Démons du maïs (1984) et Piranhas (1978), ce dernier réalisé par Joe Dante. New World Pictures a également une autre fonction : la distribution de films étrangers, dont ceux d’Ingmar Bergman, François Truffaut, Federico Fellini et Akira Kurosawa… Corman a été un passeur décisif du cinéma européen aux Etats-Unis. Au final, Roger Corman aura produit plus de 300 films, et réalisé 55 longs-métrages.

Bibliographie

– Comment j’ai fait 100 films sans jamais perdre un centime, Roger Corman et Jim Jerome, Capricci, 2018.
– Roger Corman: Blood-Sucking Vampires, Flesh-Eating Cockroaches and Driller Killers,
Beverly Gray, AZ Ferris, 2013. (Anglais)
– Crab Monsters, Teenage Cavemen and Candy Stripe Nurses: Roger Corman: King of the B Movie,
de Chris Nashawaty, Abrams, 2013. (Anglais)
– Roger Corman: Interviews, Constantine Nasr, University Press of Mississippi, 2012. (Anglais)
– How I Made a Hundred Movies in Hollywood, Roger Corman, Da Capo Press, 1998. (Anglais)
– Roger Corman: An Unauthorized Biography of the Godfather of Indie Filmmaking,
Beverly Gray, St Martin’s Press, 2000. (Anglais)
– Roger Corman, de Stéphane Bourgoin, Edilig, 1983.

Filmographie comme réalisateur

1990 La résurrection de Frankenstein réalisation et scénario
1980 Les mercenaires de l’espace de Jimmy T. Murakami (non crédité)
1978 Les gladiateurs de l’an 2000 de Allan Arkush et Nicholas Niciphor (non crédité)
1971 Le baron rouge
1970 Gas! -Or- It Became Necessary to Destroy the World in Order to Save It.
1970 Bloody Mama
1969 De Sade de Cy Endfield (non crédité)
1969 Istanbul, mission impossible (sous le nom de Henry Neill)
1968 The Wild Racers de Daniel Haller (non crédité)
1967 The Trip
1967 La poursuite des tuniques bleues de Phil Karlson (non crédité)
1967 L’affaire Al Capone
1966 Les anges sauvages
1964 La tombe de Ligeia
1964 L’invasion secrète
1964 Le masque de la mort rouge
1963 La malédiction d’Arkham
1963 L’horrible cas du docteur X
1963 L’halluciné réalisation et scénario
1963 Le corbeau
1963 Duel sur le circuit
1962 La Tour de Londres
1962 L’empire de la terreur
1962 The Intruder
1962 L’ enterré vivant
1961 La chambre des tortures
1961 La créature de la mer hantée
1961 Atlas
1960 La dernière femme sur terre
1960 La petite boutique des horreurs réalisation et scénario
1960 La chute de la maison Usher
1960 Ski Troop Attack
1959 The Wasp Woman
1959 Un baquet de sang
1958 I Mobster
1958 She Gods of Shark Reef
1958 Teenage Cave Man
1958 War of the Satellites
1958 Mitraillette Kelly
1957 Carnival Rock
1957 The Saga of the Viking Women and Their Voyage to the Waters of the Great Sea Serpent
1957 Sorority Girl
1957 Teenage Doll
1957 Rock All Night
1957 The Undead
1957 L’Attaque des crabes géants
1957 Not of This Earth
1957 Naked Paradise
1956 Femmes gangsters
1956 It Conquered the World
1956 La femme d’Oklahoma
1956 La loi des armes
1955 Day the World Ended
1955 La femme apache
1955 The Beast with a Million Eyes de David Kramarsky (non crédité)
1955 Cinq fusils à l’ ouest

Filmographie comme scénariste

2001 Black Scorpion TV (22 épisodes) (créateur)
– Zodiak Attack – Part 2
– Zodiak Attack – Part 1
– Face the Music
– Photo Finish
– Power Play
1986 La petite boutique des horreurs (comédie musicale basé sur le film)
1980 Dr. Heckyl and Mr. Hype de Charles B. Griffith (non crédité)
1955 The Fast and the Furious de John Ireland et Edward Sampson
1954 Highway Dragnet de Nathan Juran
1950 La cible humaine de Henry King (non crédité)