Raymond Borde, né le 28 août 1920 et mort à Toulouse le 20 septembre 2004, est un critique de cinéma et essayiste français, cofondateur et conservateur de la Cinémathèque de Toulouse.

Proche du mouvement surréaliste et d’André Breton, il collabore à plusieurs revues, dont Positif et Premier Plan. Vice-président de la Fédération internationale des archives du film de 1966 à 1990, il a publié une vingtaine d’ouvrages.

Après un doctorat en droit à l’Université de Toulouse, Raymond Borde devient inspecteur des finances. Il mène en parallèle une activité liée au cinéma.

Critique de cinéma, il collabore à de nombreuses revues. Il s’intéresse notamment au film noir, au burlesque et au cinéma social américains. En 1955, il souligne l’originalité de Robert Aldrich.

Raymond Borde est membre du comité de rédaction de Positif de 1954 à 1967. Membre du Parti Communiste jusqu’en 19582, il est partisan d’un cinéma engagé et prend position contre les Cahiers du cinéma et les cinéastes de la Nouvelle Vague, dont il dénonce la politique des auteurs3 et les dérives droitières.

Il collabore à la revue Les Temps Modernes de Jean-Paul Sartre de 1954 à 1961, dans laquelle il rédige des critiques cinématographiques ainsi que des articles politiques. Son article sur « La fin du Stalinisme » lui coûtera son exclusion du Parti Communiste, mais il restera fidèle à une culture de gauche. Il s’oppose à la Guerre d’Algérie et signe en 1960 le Manifeste des 121 sur le droit à l’insoumission.

Très attaché au genre fantastique, il collabore également à la revue Midi-Minuit Fantastique de 1966 à 1971, dans laquelle il rédige des articles sur la peinture et le cinéma.

Animateur du Ciné-Club de Toulouse, Raymond Borde découvre en 1952 une copie de Ring d’Alfred Hitchcock au marché au puces. Il rassemble alors avec d’autres cinéphiles (notamment Roger Icart, également animateur du Ciné-Club et passionné de cinéma muet), une trentaine de films muets qu’ils récupèrent dans des marchés et auprès de forains. Ces films constitueront les premières collections de la Cinémathèque de Toulouse.

En 1958, il fait de la conservation du patrimoine cinématographique une priorité et crée une archive au sein du Centre Régional de Documentation Pédagogique au 3 rue Roquelaine à Toulouse, un immeuble de l’État qui lui confère une reconnaissance officielle malgré son absence de statut juridique. Raymond Borde obtient ainsi l’appui de l’O.R.O.L.E.I.S. (Office Régional des Œuvres Laïques d’Éducation par l’Image et le Son) de Toulouse, qui le met en relation avec les anciens Offices du cinéma éducateur, grâce auxquels il récupère de nombreuses copies et décuple les collections5.

Dès le 12 décembre 1958, des projections y sont organisées, y compris pour le compte de la Cinémathèque française.

Raymond Borde étant favorable à une collaboration internationale entre les cinémathèques, ses relations avec Henri Langlois se dégradent rapidement lorsque ce dernier rompt avec la F.I.A.F. (Fédération internationale des archives du film) à la suite du congrès de Stockholm de 1959.

Le 12 février 1964, Raymond Borde fonde officiellement la Cinémathèque de Toulouse, enregistrée au Journal Officiel sous le statut d’association loi de 1901. Celle-ci conserve l’adresse du 3 rue Roquelaine avant de déménager en 1971 pour le 12 rue du Faubourg Bonnefoy et de se doter d’un centre de stockage au Vernet (Haute-Garonne).

Le 23 juin 1965, la Cinémathèque de Toulouse adhère à la F.I.A.F. Les relations qu’elle noue avec la Cinémathèque royale de Belgique et le Gosfilmofond de Moscou lui permettent alors d’enrichir considérablement ses collections. Elle se dote notamment de grands classiques du cinéma français et américain ainsi que d’un fonds important de cinéma soviétique.

L’adhésion de la Cinémathèque de Toulouse à la F.I.A.F. marque la fin des relations entre Raymond Borde et Henri Langlois. En 1968, Raymond Borde prendra position contre lui lors de « l’Affaire Langlois », dénonçant le secret et le manque de rationalité de sa gestion, au détriment de la préservation des films. Son intervention contre Langlois dans le journal Le Monde vaudra à Borde d’être exclu du groupe surréaliste.

À partir des années 1970, il collabore à la revue d’histoire du cinéma Les Cahiers de la Cinémathèque de l’Institut Jean-Vigo de Perpignan. En 1986, il fonde avec Pierre Guibbert la revue Archives, constituée de dossiers d’archives de la Cinémathèque de Toulouse et de l’Institut Jean Vigo.

Conservateur de la Cinémathèque de Toulouse jusqu’en 1996 et vice-président de la F.I.A.F. de 1966 à 1990, il aura consacré sa vie à la défense du patrimoine cinématographique et à l’histoire du cinéma.

Publications

– La Crise des cinémathèques… et du monde, avec Freddy Buache, L’Âge d’Homme, 1997.
– Le 24 août 1939 (roman), suivi de 41-42 (nouvelles). – Paris : Joëlle Losfeld, 1995.
– Les Offices du cinéma éducateur et la survivance du muet : 1925-1940,
avec Charles Perrin, Presses Universitaires de Lyon, 1992.
– Histoire de la Cinémathèque de Toulouse, Institut Jean Vigo – Cinémathèque de Toulouse, Archives no 30-31, 1990.
– La restauration des films : problèmes éthiques, Institut Jean Vigo – Cinémathèque de Toulouse, Archives no 1, 1986.
– Les Cinémathèques, préface de Freddy Buache. – Lausanne : L’Âge d’Homme, 1983. – Paris : Ramsay, 1988
– Charles R. Bowers ou le mariage du slapstick et de l’animation, avec Louise Beaudet, Cinémathèque Québécoise, 1980.
– La Cinémathèque Française : Recherche de la vérité, Les Cahiers de la Cinémathèque no 22, 1977.
– Jean-Marie Poumeyrol, Éric Losfeld, 1972.
– Dessins érotiques de Bertrand, avec Emmanuelle Arsan, Éric Losfeld, 1972.
– Harold Lloyd, Serdoc, Premier Plan no 49, 1968.
– Laurel et Hardy, avec Charles Perrin, Serdoc, Premier Plan no 38, 1965.
– Le Cinéma réaliste allemand, avec Freddy Buache et Francis Courtade, Serdoc, 1965.
– Pierre Molinier, avec André Breton, Éric Losfeld, 1964.
– L’Extricable, Éric Losfeld, 1963 ; 1964 ; 1970, Joëlle Losfeld, 1996.
– Le Nouveau Cinéma italien, avec André Bouissy, Serdoc, Premier Plan no 30, 1963.
– Juan Bardem, avec Marcel Oms et Juan Antonio Bardem, Serdoc, Premier Plan no 21, 1962.
– La Nouvelle Vague, avec Freddy Buache et Jean Curtelin. – Lyon : Serdoc, 1962
– Le Néo-réalisme italien : Une expérience de cinéma social, avec André Bouissy,
Cinémathèque Suisse, Documents de cinéma no 3, 1960.
– Panorama du film noir américain : 1941-1953, avec Étienne Chaumeton, préface de Marcel Duhamel,
Éditions de Minuit, 1955, L’Harmattan, 1975, Flammarion, 1988.
– La pensée économique de Joseph Staline : Introduction à l’étude des « problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. »,
Thèse pour le doctorat en droit : Université de Toulouse, 1954