« Le cinéma est à notre époque ce qu’étaient les jeux du cirque sous Néron. C’est au fond le vrai spectacle de « notre temps ». »

« Le cinéma, c’est la vie même; surprise et notée par un œil intelligent. »

Musidora (de son vrai nom Jeanne Roques), née dans le 5e arrondissement de Paris le 23 février 1889, morte dans le 14e arrondissement de Paris le 7 décembre 1957 est une actrice et réalisatrice, célèbre pour son rôle d’Irma Vep, dans la série Les Vampires de Louis Feuillade et Judex. Pour toute une génération, elle est cette « vamp », cette « beauté fatale ». Les surréalistes l’adoptent, elle est l’une de leurs nombreuses muses.

C’est en lisant Théophile Gautier qu’elle choisit le pseudonyme de Musidora, l’héroïne de Fortunio. Enfant douée, elle peint, écrit, sculpte mais c’est dans la danse et la comédie qu’elle exprime le mieux ses passions artistiques. Elle se fait remarquer, en 1910, dans la pièce La loupiotte de Aristide Bruant, où elle joue la môme Liquette. Elle connaît son premier succès, deux ans plus tard au Bataclan, dans la revue Ça grise dont elle partage l’affiche avec Colette.

Musidora se produit dans des cabarets et sur les planches des théâtres de l’Odéon et du Châtelet. La jeune comédienne aux beaux yeux noirs fait ses vrais débuts au cinéma dans Les Misères de l’aiguille, drame social destiné aux Maisons du Peuple réalisé en décembre 1913 par Raphaël Clamour.

En 1914, elle tourne dans une poignée de films pour Gaston Ravel, mais c’est Louis Feuillade qui la révèle dans l’adaptation de la pièce de François Coppée Severo Torelli. Avec ses yeux noirs soulignés de kohl, sa peau blanche, son maquillage un peu inquiétant et sa garde-robe exotique, Musidora n’allait pas tarder à devenir une des plus populaires et des plus emblématiques actrices du cinéma européen. Elle va tourner toute une série de films avec les réalisateurs-maison, arrachés les uns après les autres à leur travail par la mobilisation. Drames historiques, comédies burlesques, bandes patriotiques, scènes sentimentales se succèdent de 1914 à 1917.

Fin 1915, Louis Feuillade, rendu à la vie civile, lui offre le rôle de sa vie, celui d’Irma Vep dans Les Vampires, un film en dix épisodes, un rôle de vamp et de femme fatale qui lui apporte la gloire et l’installe définitivement dans la mythologie du cinéma.

Irma Vep (anagramme de « vampire ») est une chanteuse de cabaret affiliée à la société secrète « les Vampires », en fait une bande de brigands combattue par le journaliste Philippe Guérande, incarné par Edouard Mathé. Au troisième épisode Musidora apparaît en souris d’hôtel cagoulée et vêtue d’une combinaison noire moulante et, ange du mal, provoque, chez les spectateurs, une trouble fascination. Plus tard, elle passe sous le contrôle hypnotique de Moreno, un criminel rival, qui fait d’elle sa maîtresse et la pousse à assassiner le Grand Vampire. Elle finit elle-même par prendre la tête de la bande de brigands, et commet encore de nombreux méfaits avant d’être vaincue par Guérande. Ce personnage étrange, d’un érotisme certain, connaît un grand succès populaire, et enthousiasme auprès des surréalistes, qui en feront plus tard un de leurs emblèmes poétiques.

En 1916, elle incarne à nouveau pour Feuillade une inquiétante beauté, l’aventurière de grand style Diana Monti, dans son nouveau feuilleton Judex, face au justicier incarné par René Cresté1. Diana, sous l’apparence de l’institutrice Marie Verdier, séduit le banquier Favraux. Avec l’aide de son amant et complice Morales, elle essaie en vain pendant toute la série de s’emparer de sa fortune.

André Breton, Louis Aragon et les autres créateurs du mouvement surréaliste étaient des spectateurs assidus des serials de Feuillade, et notamment des Vampires. C’est donc tout naturellement qu’ils ont fait de Musidora leur égérie, l’invitant à plusieurs de leurs manifestations. Aragon et Breton écriront en 1929 une pièce lui rendant hommage, le Trésor des Jésuites, dont tous les personnages ont pour nom des anagrammes de Musidora (Mad Souri, Doramusi…).

Musidora passe parallèlement à la réalisation en adaptant deux romans de Colette, l’Ingénue libertine, qui devient Minnie (1916), et la Vagabonde (1917) ; puis elle tourne un scénario original de cet écrivain, la Flamme cachée (1918), avant d’être l’auteur complet de Vincenta (1919). Entre-temps, elle joue dans des films d’André Hugon, les Chacals (1917), Johannes, fils de Johannes (1918), Mam’zelle Chiffon (1918) de Gaston Ravel, la Geôle (1918) de Germaine Dulac, la Jeune Fille la plus méritante de France (1918) et de Fred Leroy-Granville, les Ombres du passé.

Par amour pour le rejoneador Antonio Cañero, elle quitte la France et s’installe en Espagne. Elle y écrit, réalise, produit et interprète sans grand succès, quatre films : Pour Don Carlos (la Capitana Alegría, 1920), d’après Pierre Benoit, qui retrace l’épopée carliste, Musidora en Espagne (1922), Soleil et Ombre (Sol y Sombra, 1922) dont l’anecdote dépouillée trouve son parfait décor dans la ville de Tolède et dans l’Andalousie et enfin la Tierra de los toros (1924), dont l’exploitation n’eut lieu qu’en Espagne, et qui était conçu pour s’incorporer dans un spectacle où Musidora intervenait en personne pour chanter et danser. De retour à Paris en 1926, elle fait sa dernière apparition au cinéma dans une fresque religieuse Le Berceau de Dieu.

Après son mariage le 20 avril 1927 avec un ami d’enfance, Clément Marot, médecin à Châtillon-sur-Marne, Musidora s’éloigne du Septième Art et se consacre essentiellement au théâtre jusqu’au début des années cinquante. Elle réalise un dernier film en 1950, la Magique Image. Elle a également publié deux romans, Arabella et Arlequin (1928) et Paroxysmes (1934), et de nombreuses chansons ainsi qu’un recueil de poésies, Auréoles (1940). Selon son biographe, Francis Lacassin, Musidora a laissé à sa mort de nombreux inédits. À partir de 1944, année de son divorce, elle travaille avec Henri Langlois à la Cinémathèque française.

La muse des surréalistes et première vamp du cinéma français meurt le 7 décembre 1957, à l’Hôpital Broussais de Paris.

Bibliographie

– Un bien grand amour : Lettres à Musidora de Colette, 1908-1953, Herne, 2014.
– Musidora, la première vamp, Hélène Tierchant, Éditions SW Télémaque, 2014.
– Musidora, Françoise Giraudet, Un certain regard, 2013.
– Les Vampires de Louis Feuillade: Soeurs et frères de l’effroi, Gilbert Lascault, Yellow now, 2008.
– Le Cinéma français, le muet, P. d’Hugues, M. Marmin, J. Mitry et J. Richard, Éd. Atlas, 1986.
– Musidora – La dixième muse, Patrick Cazals, Henri Veyrier, 1978.
– Pour une contre-histoire du cinéma, Francis Lacassin, 10X18, 1972.
– Anthologie du cinéma, tome 6, Collectif, L’Avant-Scène Cinéma, 1971.
– Musidora, Francis Lacassin, L »avant-scéne cinéma, 1970.
– Auréoles, Musidora, Editions des Femmes, 1940
– Paroxysmes, Musidora, eugène figuière,1934

Filmographie comme réalisatrice

1924 La terre des taureaux
1922 Soleil et ombre (Court-métrage)(scénario)
1920 Pour don Carlos (scénario) réalisation avec Jacques Lasseyne
1920 Vicenta (scénario)
1918 La flamme cachée réalisation avec Roger Lion
1918 La vagabonde réalisation avec Eugenio Perego d’aprés un roman de Colette

Filmographie

1926 Le berceau de dieu de Fred LeRoy Granville
1922 Sol y sombra (Court-métrage) de Jaime De Lasuen, Musidora
1920 Pour don Carlos de Jacques Lasseyne, Musidora
1920 Vicenta de Musidora
1919 Mademoiselle Chiffon d’André Hugon
1918 La geôle d’André Hugon
1918 La jeune fille la plus méritante de France (Court-métrage) de Germaine Dulac
1918 Johannes, fils de Johannes d’André Hugon, Louis Paglieri
1918 La vagabonda de Musidora, Eugenio Perego
1917 Les chacals d’André Hugon
1917 Débrouille-toi (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Mon oncle (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: Le pardon d’amour (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: L’ondine… et Sirène (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: Le secret de Jacqueline (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: Lorsque l’enfant parut (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: Les souterrains du château rouge (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: La Femme en noir (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: Le môme réglisse (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: Le moulin tragique (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: Le secret de la tombe (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: La meute fantastique (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: L’expiation (Court-métrage) de Louis Feuillade
1917 Judex: Prologue + L’ombre mystérieusede Louis Feuillade
1916 Fille d’Ève (Court-métrage) de Gaston Ravel
1916 Le pied qui étreint (Court-métrage) de Jacques Feyder
1916 Judex de Louis Feuillade
1916 Lagourdette, gentleman cambrioleur (Court-métrage) de Louis Feuillade
1916 La peine du talion (Court-métrage) de Louis Feuillade
1916 Si vous ne m’aimez pas (Court-métrage) de Louis Feuillade
1916 C’est pour les orphelins (Court-métrage) de Louis Feuillade
1916 Le poète et sa folle amante (Court-métrage) de Louis Feuillade
1916 C’est le printemps de Louis Feuillade
1916 Les fiançailles d’Agénor (Court-métrage) de Louis Feuillade
1916 Les vampires: Les noces sanglantesde Louis Feuillade
1916 Les vampires: L’homme des poisons de Louis Feuillade
1916 Les fourberies de Pingouin (Court-métrage) de Louis Feuillade
1916 Les vampires: Le maître de la foudre de Louis Feuillade
1916 Les mariés d’un jour (Court-métrage) de Louis Feuillade
1916 Les vampires: Satanas de Louis Feuillade
1916 Les vampires: Les yeux qui fascinent de Louis Feuillade
1916 Le colonel Bontemps de Louis Feuillade
1916 Les vampires: L’évasion du mort (Court-métrage) de Louis Feuillade
1916 Les vampires: Le spectre (Court-métrage) de Louis Feuillade
1915 Le grand souffle (Court-métrage) de Louis Feuillade
1915 Le trophée du zouave (Court-métrage) de Louis Feuillade
1915 Minne d’ André Hugon
1915 Les vampires: Le cryptogramme rouge (Court-métrage) de Louis Feuillade
1915 Les vampires de Louis Feuillade
1915 Le fer à cheval de Louis Feuillade
1915 Le roman de la midinette de Louis Feuillade
1915 Les noces d’argent de Louis Feuillade
1915 Le sosie de Louis Feuillade
1915 Triple ententede Gaston Ravel
1915 Fifi tambour de Louis Feuillade
1915 L’escapade de Filoche de Louis Feuillade
1915 Union sacrée de Louis Feuillade
1915 Le furoncle de Louis Feuillade
1914 La bouquetière des Catalans (Court-métrage) de Gaston Ravel
1914 La petite réfugiée (Court-métrage) de Gaston Ravel
1914 Sainte-Odile (Court-métrage) de Gaston Ravel
1914 Les fiancés de 1914 (Court-métrage) de Louis Feuillade
1914 Tu n’épouseras jamais un avocat (Court-métrage) de Louis Feuillade
1914 Le calvaire (Court-métrage) de Louis Feuillade
1914 Severo Torelli de Louis Feuillade
1914 Les misères de l’aiguille (Court-métrage) de Raphäel Clamour
1910 La main noire (Court-métrage) d’ Étienne Arnaud
1909 Le troisième larron (Court-métrage)