« Ce qui est grave dans le cinéma, c’est qu’il n’a jamais fait de progrès. Le premier film était le meilleur… Il y avait déjà tout »

Maurice Pialat est un réalisateur de cinéma et peintre français né le 31 août 1925 à Cunlhat (Puy-de-Dôme, France) et mort le 11 janvier 2003 à Paris.

Maurice Pialat naît à Cunlhat en Auvergne le 31 août 1925. Son père est d’abord marchand de bois, de vin et de charbon, mais est bientôt ruiné et la famille déménage à Courbevoie. L’enfant est surtout éduqué par sa grand mère à Villeneuve-Saint-Georges.

Maurice Pialat a d’abord voulu être peintre. Il a étudié à l’école nationale supérieure des arts décoratifs pendant la Seconde Guerre mondiale et a exposé son œuvre au Salon des moins de 30 ans à la Libération. Il renonce ensuite à la peinture pour vivre de petits boulots.

Dans les années 1950, il achète une caméra et réalise quelques courts métrages amateurs (Isabelle aux Dombes, Drôles de bobines tourné en 1957 ou L’Ombre familière en 1958…) qui lui permettent d’être remarqué par le producteur Pierre Braunberger, lequel produit son premier court métrage professionnel, L’Amour existe (1960). Pialat réalise deux ans plus tard Janine sur un scénario de Claude Berri dans lequel il montre la dérive nocturne de deux amis dans les rues de Paris.

En 1962, il part en Turquie pour réaliser une série de six courts métrages de commande,Chroniques turques. À la même époque, il tourne aussi en Arabie saoudite.

En 1964, il participe comme technicien au moyen métrage d’Henry Zaphiratos, Des enfants sages.

À la différence de ses contemporains de la Nouvelle Vague qui ont réussi à passer au long métrage très tôt, Maurice Pialat doit attendre 1968 pour réaliser son premier long métrage, L’Enfance nue, qui sort sur les écrans en janvier 1969. À l’origine, Pialat a voulu tourner un documentaire sur les enfants de l’Assistance publique. Le projet est ensuite devenu une œuvre de fiction qui montre l’histoire d’un enfant de dix ans, séparé de sa famille et placé chez un couple âgé puis en centre de redressement. Le film est sélectionné à la mostra de Venise et reçoit le prix Jean-Vigo3.

En septembre et octobre 1971, la deuxième chaîne de l’ORTF lui confie la réalisation d’une série intitulée La Maison des bois. La série évoque la vie d’un groupe d’enfants déplacés dans un village d’Île-de-France pendant la Première Guerre mondiale.

Pialat peut ensuite réaliser son second long métrage, Nous ne vieillirons pas ensemble, à partir d’un livre qu’il avait écrit. Pour la première fois, Pialat tourne avec des vedettes, Jean Yanne et Marlène Jobert. Le film est sélectionné au festival de Cannes et permet à Jean Yanne de recevoir le prix d’interprétation masculine. Le film est aussi un succès critique et public.

Après le succès de Nous ne vieillirons pas ensemble, Maurice Pialat réalise La Gueule ouverte (1974) qui montre l’agonie d’une mère de famille victime d’un cancer. Cette fois-ci, le film est un désastre commercial. Sa société, Lido Films, est en faillite et Pialat met quatre ans avant de pouvoir réaliser un nouveau long métrage.

Passe ton bac d’abord (1978) montre la vie d’un groupe d’adolescents à Lens. Le film permet à Pialat de renouer avec le succès commercial.

Maurice Pialat a rencontré Gérard Depardieu peu de temps avant le tournage de La Gueule ouverte et a envisagé de lui donner le rôle avant que Depardieu ne se rende compte qu’il ne pouvait faire en même temps Les Valseuses et La Gueule ouverte. Il a ensuite travaillé avec lui dans Loulou, Police, Sous le soleil de Satan et Le Garçu.
Loulou, réalisé en 1979 à partir d’un scénario d’Arlette Langmann, raconte l’histoire d’une femme, Nelly, qui quitte son compagnon et sa vie bourgeoise pour vivre son histoire d’amour avec Loulou, un type qui ne travaille pas et passe son temps à traîner dans les cafés avec ses amis. Le film est un succès critique et commercial.

Sandrine Bonnaire est révélée en 1983 par À nos amours. Elle tourne ensuite Sous le soleil de Satan. Avec À nos amours, réalisé en 1983 à partir d’un scénario d’Arlette Langmann, Maurice Pialat révèle l’actrice Sandrine Bonnaire qui n’a alors que quinze ans et interprète le rôle du père. Le film est de nouveau un grand succès populaire. Le film reçoit le César du meilleur film et le prix Louis Delluc. Sur le tournage du film, Maurice Pialat rencontre Sylvie Danton, qui officie comme régisseur et qui devient par la suite sa compagne et sa femme.

En 1985, il réalise Police avec Sophie Marceau, Gérard Depardieu et Richard Anconina, d’après un scénario de Catherine Breillat ; c’est la deuxième collaboration avec Gérard Depardieu qui se sentira toujours proche de ce réalisateur atypique.

Maurice Pialat reçoit la palme d’or au festival de Cannes 1987 pour Sous le soleil de Satan. Sous les sifflets d’une partie de la salle qui aurait voulu voir le prix adressé aux Ailes du désir de Wim Wenders, il dresse le poing et lâche : « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus. ». Comme toujours au cours des années 1980, le public est au rendez-vous.

En 1991, Maurice Pialat réalise son Van Gogh. Le film montre les derniers jours du peintre à Auvers-sur-Oise, ses relations avec son frère Théo Van Gogh et le docteur Gachet et ses amours avec la fille du docteur Gachet. Le film est de nouveau un grand succès populaire. Lors de la cérémonie des Césars, Pialat se vexe parce que son film nommé dans de nombreuses catégories ne reçoit finalement qu’un César, celui du meilleur acteur pour Jacques Dutronc.

À 66 ans, Maurice Pialat a un fils avec Sylvie Pialat, Antoine, né le 27 janvier 1991, qu’il fait jouer à l’âge de quatre ans dans Le Garçu, sorti en 1995.

Maurice Pialat meurt des suites d’une maladie rénale le 11 janvier 2003.

Publications

– Maurice Pialat, Nous ne vieillirons pas ensemble, éditions de l’Olivier, 2005

Bibliographie

– L’amour la gueule ouverte (hypothèses sur Maurice Pialat), Alban Lefranc, Hélium éditions 2015.
– Maurice Pialat : peintre & cinéaste, Serge Toubiana (dir.), Somogy éditions d’art,
Catalogue de l’exposition à la cinémathèque française, 2013.
– Le Dictionnaire Pialat, Antoine de Baecque (dir.), Leo Scheer, 2008.
– Le dictionnaire Pialat, Collectif dir. Antoine de Baecque, Léo Scheer, 2008.
– Pialat, la rage au coeur, Pascal Mérigeau, Ramsay, 2007.
– Poétique de la singularité au cinéma: Une lecture croisée de Jacques Rivette et Maurice Pialat,
Evelyne Jardonnet, L’Harmattan, 2006.
– Le Cinéma de Maurice Pialat: Formes de l’insaisissable, Rémi Fontanel, Aléas, 2004.
– Styles filmiques – 2. Les réalismes: Cassavetes, Forman, Kiarostami, Loach, Pialat,
Frank Curot, Lettres modernes Minard, 2004.
– Maurice Pialat peintre, Sylvie Pialat, Institut Lumière, 2004.
– Maurice Pialat l’imprécateur, Pascal Mérigeau, Grasset, 2003.
– Maurice Pialat : Cannes 1972, Gérard Pangon et Vincent Amiel, Arte / Mille et une nuits, 1997.
– Maurice Pialat, Joël Magny, Cahiers du cinéma, 1992.
– Maurice Pialat, l’enfant sauvage, Aldo Tassone et Sergio Toffetti, Lindau, 1992.

Filmographie comme scénariste et réalisateur

1995 Le garçu
1991 Van Gogh
1987 Sous le soleil de Satan
1985 Police
1984 Cinéma cinémas (Documentaire TV)
– Les essais de Sandrine
1983 À nos amours
1980 Loulou
1978 Passe ton bac d’abord…
1974 La gueule ouverte
1972 Nous ne vieillirons pas ensemble
1971 La maison des bois (TV) (4 épisodes)
1969 Village d’enfants (Court-métrage)
1968 L’enfance nue
1966 La Camargue Court Métrage Documentaire
1966 Van Gogh (Court-métrage documentaire)
1964 Byzance (Court-métrage)
1964 Istanbul (Court-métrage documentaire)
1964 La corne d’or (Court-métrage documentaire)
1964 Pehlivan (Court-métrage documentaire)
1964 Bosphore (Court-métrage documentaire)
1964 Maître Galip (Court-métrage documentaire)
1963 Jardins d’Arabie (Court-métrage)
1962 Janine (Court-métrage)
1960 L’amour existe (Court-métrage documentaire)
1958 L’ombre familière (Court-métrage)
1957 Drôles de bobines (Court-métrage)
1953 Congrès eucharistique diocésain (Court-métrage documentaire)
1951 Isabelle aux Dombes (Court-métrage)

Filmographie comme scénariste

2006 Meurtrières de Patrick Grandperret