« En France, je suis un auteur, en Allemagne, je suis un cinéaste. En Grande-Bretagne, je suis un réalisateur de film d’horreur. Aux États-Unis, je suis un raté. »

Metteur en scène polyvalent, Carpenter a réalisé, écrit et composé la musique de la plupart de ses films. Au fil de sa carrière, il a progressivement imposé son style dans les registres de l’épouvante et de la science-fiction, au point d’être considéré comme le « Maître de l’Horreur ». Aujourd’hui, nombre de ses films sont devenus des références du genre, notamment ou encore L’Antre de la folie. Si tous n’ont pas reçu un accueil critique favorable au moment de leur sortie, un grand nombre sont désormais considérés comme des films cultes (The Thing, Christine, Invasion Los Angeles…).

John Howard Carpenter naît à Carthage le 16 janvier 1948. En 1953, lui et sa famille déménagent à Bowling Green, une petite ville du Kentucky. Durant l’adolescence, il s’adonne à sa véritable passion en filmant des courts métrages d’horreur en 8 mm avec la caméra que lui a offerte son père.

En 1968, il intègre l’University of Southern California’s School of Cinematic Arts (USC).

Alors qu’il est encore à l’USC, John Carpenter participe en tant que coscénariste, monteur et compositeur, au court-métrage réalisé par James Rokos, The Resurrection of Broncho Billy, qui remporte l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction en 1970.

Le premier long-métrage de John Carpenter, Dark Star, sort quelques années plus tard, en 1974. Il s’agit en fait de son film de fin d’études. Le film suit les péripéties des membres d’équipage du Dark Star, un vaisseau spatial chargé de détruire les planètes jugées instables. Mêlant humour potache et science-fiction, il parodie notamment 2001 : l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, ainsi que d’autres films appartenant au genre Space Opera.

En dépit de cet accueil favorable, Carpenter doit par la suite se contenter d’écrire des scénarios, aucune offre de réalisation ne lui étant faite. Il parvient à en vendre plusieurs.

En 1976, deux ans après la sortie de Dark Star, Carpenter est sollicité par un groupe d’investisseurs qui lui donnent « carte blanche » pour mettre en scène le film qu’il souhaite, dans les limites d’un budget réduit. Désireux de tourner un western, le cinéaste choisit de mettre en scène une adaptation moderne de Rio Bravo, de Howard Hawks.

Ainsi naît Assaut, le premier « vrai » film de Carpenter. En plus du poste de réalisateur, il occupe celui de scénariste, de compositeur et de monteur, ce dernier sous le pseudonyme de « John T. Chance » (le nom du personnage incarné par John Wayne dans Rio Bravo).

Tourné en vingt jours avec un budget de 100 000 dollars, Assaut est confronté à des problèmes de censure lors de sa distribution. Malgré tout, le film est finalement distribué avec le montage original.

Deux ans plus tard, alors que sort en salles Les Yeux de Laura Mars, Carpenter tourne pour la première fois pour la télévision avec Meurtre au 43e étage, un téléfilm dont il écrit également le scénario et qui est un hommage direct à Alfred Hitchcock, et plus particulièrement à Fenêtre sur cour. Initialement prévu pour une sortie sur grand écran, le script est finalement destiné à la télévision sur décision du studio Warner Bros., le premier grand studio hollywoodien avec lequel collabore Carpenter.

Réalisé, comme Assaut, en une vingtaine de jours, Halloween le troisième long-métrage de Carpenter sort aux États-Unis en octobre 1978. En France, John Carpenter obtient en 1979 le prix de la critique au Festival d’Avoriaz. Le thème musical principal d’Halloween est certainement le plus célèbre composé par Carpenter.

Sitôt le film sorti en salles, le cinéaste enchaîne avec le tournage d’un film biographique consacré à Elvis Presley, Le Roman d’Elvis. C’est à ce moment qu’il rencontre Kurt Russell, qui joue ici le rôle du King : c’est le début d’une longue amitié et d’une fructueuse collaboration. Lors de sa première diffusion en 1979, l’audience du téléfilm est telle qu’elle dépasse celle du film Autant en emporte le vent, diffusé à la même heure sur une chaîne concurrente.

John Carpenter trouve un accord avec la maison de production AVCO Embassy Pictures, laquelle lui propose un contrat pour la réalisation de deux longs-métrages. En ce qui concerne le premier, Carpenter décide de développer une idée inspirée par un film d’horreur anglais de 1958, The Crawling Eye, où une brume cache des monstres descendant d’une colline. Mais le cinéaste oriente le scénario, vers une histoire où le brouillard incarnerait une entité agissante et maléfique. Tous deux ont également été inspirés par une visite à Stonehenge, lors de laquelle un épais brouillard avait recouvert le site. Fog s’avère être aussi un hommage aux bandes dessinées d’horreur de l’enfance de Carpenter, ainsi qu’à des auteurs de la littérature fantastique comme H. P. Lovecraft et Edgar Poe.

L’année suivante, Carpenter profite du contrat le liant à Embassy Pictures pour adapter un scénario qu’il avait écrit en 1976, à propos d’un ancien détenu envoyé en mission de sauvetage sur une île de Manhattan transformée en gigantesque pénitencier. Le cinéaste raconte que, cette même année, aucun studio n’en avait voulu car le script était considéré comme étant « trop violent, trop effrayant, trop bizarre ».

Produit pour la somme de 6 millions de dollars, New York 1997 sort en salles en 1981. Il conquiert rapidement le statut de film culte, en particulier grâce au personnage de Snake Plissken incarné par Kurt Russell.

New York 1997 est un succès critique et financier. Il rapporte 25 millions de dollars de recette aux États-Unis, et cumule plus d’un million d’entrées en France, permettant à Carpenter de réaliser son meilleur score dans l’Hexagone.

En 1982, Carpenter écrit en collaboration avec Debra Hill le scénario de Halloween 2, la suite de Halloween, la nuit des masques. Logiquement pressenti pour réaliser cette suite, le cinéaste décline l’offre, affirmant qu’il a déjà fait le film une fois et qu’il ne souhaite pas le faire à nouveau. La notoriété grandissante de Carpenter lui permet d’obtenir de ce même studio les fonds nécessaires à la réalisation de son prochain film : The Thing.

Basé sur la nouvelle La Bête d’un autre monde (Who Goes There?) de John W. Campbell, The Thing peut également s’interpréter comme un remake de La Chose d’un autre monde de Christian Nyby et Howard Hawks. Au niveau du casting, la distribution est exclusivement masculine, incluant une nouvelle fois Kurt Russell dans le rôle principal. Ce film marque un tournant dans la carrière de Carpenter puisque, pour la première fois depuis ses débuts, il tourne avec un budget proche des « standards » d’Hollywood : près de 15 millions de dollars. Le cinéaste cède sa place au poste de compositeur, laissée à Ennio Morricone.

Sorti à l’été 1982, The Thing est très mal accueilli par la critique et les spectateurs. Jugé trop effrayant, trop pessimiste, il souffre de la comparaison avec le « gentil » E.T. l’extra-terrestre de Steven Spielberg, un autre film mettant en scène une forme de vie extra-terrestre, lui aussi produit par Universal Pictures. Sortis à quelques semaines d’intervalle, les deux films connaissent un succès diamétralement opposé, E.T. étant le no 1 au box-office américain de 1982 alors que The Thing n’y figure qu’à la 42e place, rapportant tout juste de quoi rentabiliser son budget de production. Cet échec marque profondément Carpenter qui, de son propre aveu, pensait avoir réalisé là son meilleur film. The Thing obtiendra la reconnaissance du public bien plus tard, lors de sa sortie sous support VHS puis en DVD. Aujourd’hui, il est considéré comme un film d’horreur culte, comme le « chef-d’œuvre » de Carpenter.

Si l’échec de The Thing n’entache pas la réputation de Carpenter au sein des studios, le cinéaste en porte encore les stigmates l’année suivante, lorsqu’il se voit confier la réalisation de Christine, un film qu’il tournera, confesse-t-il, sans conviction. Adaptation du roman du même nom de Stephen King, Carpenter suit la trame globale du livre, en omettant toutefois un élément important : la présence du propriétaire original sur la banquette arrière de la Plymouth Fury, ceci pour recentrer l’histoire sur la relation entre le personnage principal et Christine.

Un an plus tard, Carpenter s’associe de nouveau avec Columbia Pictures. Produit par Michael Douglas, Starman est une œuvre singulière dans la filmographie de John Carpenter, un film qui s’apparente davantage à un road movie romantique plutôt qu’à un vrai film de science-fiction. Jeff Bridges et Karen Allen y interprètent les rôles principaux.

En 1986, Carpenter met en scène un film d’aventures qui se veut un hommage au cinéma d’arts martiaux de Hong Kong, et plus particulièrement au film Zu de Tsui Hark : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin. Détournant les codes du film d’action, Carpenter dépeint son héros comme un « crétin balourd et maladroit », en décalage total avec le portrait habituel du héros d’Hollywood, viril et intelligent. Kurt Russell campe une nouvelle fois le rôle principal. La production de Jack Burton est financée par la 20th Century Fox, mais le mélange des genres et le second degré du long-métrage sont mal perçus par le public. Jack Burton est un échec critique et commercial qui coûte à Carpenter sa crédibilité au sein des studios. À l’instar de The Thing, le film obtiendra néanmoins un important succès lors de sa sortie en vidéo.

Après ce nouveau revers, les studios d’Hollywood tournent le dos à Carpenter, lequel n’a d’autre choix que de revenir au cinéma indépendant.

Produit pour la somme de 3 millions de dollars, Prince des ténèbres constitue, selon l’expression employée par le cinéaste, la 2e partie de sa « Trilogie de l’Apocalypse », celle-ci ayant été entamée en 1982 avec The Thing. La critique se montre à nouveau défavorable, le film obtenant tout de même un succès modéré en salles. Un an plus tard, il remporte le prix de la critique au Festival d’Avoriaz.

Toujours en 1988, Carpenter revient à la science-fiction avec Invasion Los Angeles, pour la première fois de sa carrière, le cinéaste tient un propos ostensiblement politique, le film étant étant une critique acerbe de l’Amérique reaganienne. Les élites (principalement les classes sociales aisées, les présentateurs de télévision, les membres du gouvernement et les représentants des forces de l’ordre) y sont représentées, au sens propre, comme des « extra-terrestres » qui asservissent la population via les médias et la publicité.

À la suite de ces deux tournages successifs, la carrière de John Carpenter semble au point mort. Sorti début 1992, Les Aventures d’un homme invisible est un « flop » critique et financier. Carpenter n’en a pas écrit le scénario et n’en pas composé la musique, mais pour la première fois de sa carrière il a utilisé les effets spéciaux numériques.

L’année suivante, Carpenter revient au petit écran avec Petits cauchemars avant la nuit, un téléfilm composé de trois sketches dont deux qu’il réalise lui-même. Il s’agissait au départ d’un pilote de série que désirait produire la chaîne câblée Showtime, mais le projet fut finalement abandonné. John Carpenter y joue le rôle d’un médecin légiste étrange, apparaissant au début et à la fin du téléfilm pour présenter les histoires, un peu à la manière du gardien des Contes de la crypte.

En 1994, Carpenter retrouve le cinéma indépendant avec L’Antre de la folie, un film d’horreur fantastique dont le scénario est inspiré de l’univers de H. P. Lovecraft et, dans une moindre mesure, de celui de Stephen King. Dernier volet de la Trilogie de l’Apocalypse, L’Antre de la folie est un film très personnel dans la filmographie de Carpenter.

Ainsi, dès 1995, le cinéaste met en scène Le Village des damnés, un remake du film du même nom de Wolf Rilla, qui était basé sur le roman de John Wyndham Les Coucous de Midwich. Le projet est financé par Universal Pictures, une major avec laquelle Carpenter n’avait pas collaboré depuis The Thing, en 1982. Malgré son important budget de production, le film est un échec en salles. Les critiques sont également défavorables, le film recevant par ailleurs une nomination au prix du plus mauvais remake à la cérémonie des Razzie Awards.

L’année 1996 marque le retour sur les écrans du personnage de Snake Plissken dans Los Angeles 2013.

Déçu par ce nouvel échec, Carpenter pense mettre un terme à sa carrière. En 1998, il se voit proposer un nouveau projet : Vampires, dont le scénario est inspiré du roman Vampires de John Steakley. Voyant l’opportunité d’en faire un western moderne plutôt qu’un film de vampires traditionnel à l’ambiance gothique.

Après une dizaine d’années d’inactivité, John Carpenter revient au grand écran avec The Ward, en 2010.
Le succès de Vampires encourage Carpenter à poursuivre sa carrière de metteur en scène. Quelques années plus tard, en 2001, le cinéaste est déjà de retour avec Ghosts of Mars. Carpenter, compose la bande originale et participe à l’écriture du scénario. Ghosts of Mars s’apparente davantage à un « western martien » plutôt qu’à un réel film de science-fiction. Sorti aux États-Unis durant l’été 2001, il partage fortement la critique et les spectateurs. De surcroît, c’est un échec commercial.

Épuisé par le tournage et déçu par le score de son film au box-office, Carpenter déclare qu’il compte quitter Hollywood pour de bon. Après la sortie de Ghosts of Mars, le réalisateur s’accorde donc une longue pause, ne repassant derrière la caméra qu’en 2005 pour filmer un épisode de la première saison de la série télévisée Les Maîtres de l’horreur, intitulé La Fin absolue du monde (Cigarette Burns).

John Carpenter ne revient au grand écran que plusieurs années après, en 2010, soit presque dix ans après la sortie de son dernier long-métrage. Son nouveau film, The Ward : L’Hôpital de la terreur, est une production indépendante dont le casting est presque exclusivement féminin, comprenant entre autres Amber Heard. À cette occasion, Carpenter revient à un genre qu’il affectionne particulièrement : l’horreur. The Ward est présenté dans le cadre du Festival international du film de Toronto, mais il n’est diffusé en salles qu’à partir de 2011. En France la sortie est seulement en DVD. Même si le retour de Carpenter était attendu de longue date, le film n’est pas bien accueilli par la critique, qui juge The Ward comme étant décevant et loin des « classiques » du cinéaste.

Bibliographie

– John Carpenter: Les masques du maître de l’horreur, Stéphane Bouley, Third, 2019.
– Aesthetica antarctica : The Thing de John Carpenter, Sophie Lécole Solnychkine, Rouge Profond, 2019.
– Questions de cinéma:Entretiens et conversations (1989-2001), Nicolas Saada, Carlotta, 2019.
– On set with John Carpenter : The photographs of Kim Gottlieb-Walker, Kim Gottlieb-Walker, Titan Books, 2014.
– John Carpenter : Un clásico americano, Juan Andrés Pedrero Santos, T&B Editores, 2013.
– The Man Who Created Halloween, Irwin Yablans, CreateSpace Independent Publishing Platform, 2012.
– Créatures fantastiques et monstres au cinéma, John Landis, Flammarion, 2012.
– John Carpenter, Colin Odell et Michelle LeBlanc, Kamera Books, 2011.
– The Films of John Carpenter : An Auteur of Isolation, Christian Genzel, VDM Verlag, 2009.
– Halloween la nuit des masques, Collectif, L’Avant-Scéne Cinéma, 2008.
– Cinéma et pensée visuelle : regard sur le cinéma de John Carpenter, Éric Costeix, L’Harmattan, 2005.
– The cinema of John Carpenter : the technique of terror, Ian Conrich et David Woods (dir.), Wallflower, 2004.
– John Carpenter: the prince of darkness, Gilles Boulenger, Silman-James Press, 2003.
– John Carpenter : Horror en B mayor, Quim Casas, Donostia Kultura, 2003.
– The Films of John Carpenter, John Kenneth Muir, McFarland & Co Inc, 2000.
– Mythes et masques : les fantômes de John Carpenter, Luc Lagier et Jean-Baptiste Thoret, Dreamland, 1998.
– 15 ans de cinéma américain: 1979-1994, Collectif dir. Nicolas Saada, Cahiers du Cinéma, 1995.

Filmographie comme réalisateur

2010 The Ward – L’hôpital de la terreur
2005-2006 Masters of Horror (TV) (2 épisodes)
– Pro-Life (2006)
– John Carpenter’s Cigarette Burns (2005)
2001 Ghosts of Mars
1998 Vampires
1996 Los Angeles 2013
1995 Le village des damnés
1994 L’antre de la folie
1993 Petits cauchemars avant la nuit (TV) (segments « Gas Station, The », « Hair »)
1992 Les aventures d’un homme invisible
1988 Invasion Los Angeles
1987 Prince des ténèbres
1986 Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin
1984 Starman
1983 Christine
1982 The Thing
1981 New York 1997
1980 Fog
1979 Le roman d’Elvis (TV)
1978 Meurtre au 43eme étage (TV)
1978 La nuit des masques
1976 Assaut
1974 Dark Star – L’étoile noire
1969 Gorgon, the Space Monster (Court-métrage)
1969 Gorgo Versus Godzilla (Court-métrage)
1969 Sorceror from Outer Space (Court-métrage)
1969 Warrior and the Demon (Court-métrage)
1963 Terror from Space (Court-métrage)
1962 Revenge of the Colossal Beasts (Court-métrage)

Filmographie comme scénariste

2011 F.E.A.R. 3 de Heinz Schuller (Jeux Video)
2010 October 31st de Michael LiCastri (Court-métrage)
1999 Morsures mortelles de Noel Nosseck (TV)
1991 Blood River de Mel Damski (TV)
1990 El Diablo de Peter Markle (TV)
1986 Sans issue de Harley Cokeliss
1982 Halloween III, le sang du sorcier de Tommy Lee Wallace (non crédité)
1981 Halloween II de Rick Rosenthal
1979 Better Late Than Never de Richard Crenna (TV)
1978 Zuma Beach de Lee H. Katzin (TV)
1978 Les yeux de Laura Mars de irvin Kershner
1970 The Resurrection of Broncho Billy de James R. Rokos (Court-métrage)