« Le cinéma peut atteindre par son silence les sommités de l’art classique. » les sous-titres: « C’est mettre de la peinture sur une sculpture! »

Ivan Ilitch Mosjoukine, né près de Penza (Russie) le 26 septembre 1889 et mort le 17 janvier 1939 à Neuilly-sur-Seine, est un comédien et réalisateur russe naturalisé français dans les années 1920.

Il est le comédien le plus marquant du cinéma russe d’avant la Révolution avec notamment Le Père Serge. Il devient ensuite un des membres de la communauté cinématographique des Russes blancs qui émigrent en France après la Révolution d’Octobre, et un des acteurs les plus marquants du cinéma muet français.

Fils d’une famille de la petite noblesse cultivée, il naît dans la propriété paternelle, dans le village de Kondol, près de Penza. Sa famille aimait les arts dramatiques (son frère aîné Alexandre est par la suite devenu un célèbre chanteur d’opéra), et dès l’enfance il fait du théâtre en amateur, notamment au théâtre populaire de Penza. Après ses études secondaires, il a passé, pour obéir à son père, deux ans à la faculté de droit de Moscou avant de décider de devenir acteur. Rompant avec sa famille, il s’enfuit à Kiev, joue dans différents théâtres provinciaux, puis dans la troupe du Théâtre Populaire Vvedenski de Moscou. C’est là qu’il est remarqué par le cinéaste Piotr Tchardynine.

En 1911, il commence à jouer au cinéma pour le producteur Alexandre Khanjonkov et connaît rapidement le succès grâce à son élégance et à ses qualités d’acteur dans les rôles les plus variés, aussi bien tragiques que comiques. Parmi ses rôles les plus marquants, on peut noter le violoniste Troukhatchevski dans La Sonate à Kreutzer (1911), l’amiral Kornilov dans La Défense de Sébastopol (1911), Mavrouchka dans la Petite Maison de Kolomna de Tchardynine (1913), le Diable dans la Nuit de Noël de Starevitch. Après l’arrivée chez Khanjonkov du réalisateur Evgueny Bauer, Mosjoukine devient la plus grande star du cinéma russe.

Ainsi dans La Vie dans la mort, Mosjoukine, en versant des larmes (les fameuses larmes de Mosjoukine), devient une légende du cinéma muet de l’époque. Ce film sorti en 1914, d’après un scénario de Valéri Brioussov et une mise en scène d’Evgueny Bauer, raconte l’histoire du docteur Renault (interprété par Mosjoukine) qui tue sa femme pour conserver éternellement sa beauté et l’embaumer. C’est après ce film qu’il débute sa collaboration avec l’atelier-studio de Iossif Ermoliev et Protazanov. Avec ce dernier, il joue Hermann dans la Dame de Pique (1916) et beaucoup d’autres classiques du cinéma russe. Il atteint le sommet de son art dans le rôle du prince Kassatski dans le Père Serge de Protazanov (1918). Il jouait aussi parallèlement au théâtre dramatique de Korch à Moscou.

Lev Koulechov utilisera plus tard des extraits de films de Mosjoukine pour faire la démonstration de ses idées sur le montage psychologique des films, connues aujourd’hui sous le nom d’effet Koulechov.

Avec la révolution, le producteur Ermolieff transporte ses studios à Yalta, en Crimée, tenue alors par Armées blanches et continue d’y tourner jusqu’en 1920.

Mais, rapidement, la situation se dégrade également à Yalta. En février 1920, Ermolieff et toute sa troupe (Mosjoukine, sa compagne Nathalie Lissenko, les réalisateurs Alexandre Volkoff, Protazanov et Tourjanski, la femme de ce dernier Nathalie Kovanko) émigrent en France via Constantinople sur le navire marchand grec « la Panthère ». Pendant le voyage, l’équipe tourne un film qui sera diffusé sous le titre L’Angoissante Aventure.

Installé à Montreuil près de Paris, dans les anciens locaux de Méliès, le studio de Joseph Ermoliev a bientôt changé de nom pour devenir « l’Albatros », avec Mosjoukine comme principale vedette. Mosjoukine écrit également le scénario de L’Enfant du Carnaval, et devient réalisateur pour Le Brasier ardent (1923), un film étonnant qui mélange avant-garde, comique et dérision, et dans lequel il joue un rôle à multiples personnages.

Les années qui suivent le voient tourner une série de grands rôles qui en font la star incontestée du cinéma muet français : Kean (1924) de Alexandre Volkoff qui est une adaptation de la pièce d’Alexandre Dumas sur le grand comédien anglais, la même année, Les Ombres qui passent, un autre film d’Alexandre Volkoff et qui alterne comédie (à la Buster Keaton) et tragédie, le Lion des Mogols de Jean Epstein, et avec Marcel L’Herbier Feu Mathias Pascal d’après Pirandello, qui lui offre un autre rôle en or (et dans lequel il a pour partenaire le jeune Michel Simon).

Après cette série de films, il quitte Albatros pour tourner de grandes productions pour la Société des Cinéromans comme le Michel Strogoff (1926) de Tourjansky, puis le Casanova (1927) d’Alexandre Volkoff. Il avait été pressenti pour jouer le Napoléon de son ami Abel Gance, mais a finalement laissé le rôle à Albert Dieudonné.

Figure parisienne des Années Folles, il habite l’Hôtel Napoléon et fréquente le quartier Montparnasse, à la Coupole ou à la Closerie des Lilas, mais il sort aussi rive droite Chez Schéhérazade, le cabaret russe. Il rencontre l’égérie Kiki de Montparnasse avec laquelle il a une idylle. Surnommé le Rudolph Valentino russe, il poursuit donc une carrière brillante et fait de nombreuses conquêtes féminines.

Au printemps 1926, Mosjoukine passe un contrat avec Universal Pictures et part pour Hollywood. Aux États-Unis sous la pression des producteurs, il doit raccourcir son nom en « John Moskin » et subir une opération de chirurgie esthétique malheureuse qui enlève à ses traits leur puissance expressive. Il ne tourne qu’un seul film, L’otage (Surrender), qui est un échec, et rentre en Europe.

De 1928 à 1930, il est en Allemagne où il joue en particulier le rôle de Hadji Murat dans le Diable Blanc (Der weiße Teufel, 1930) sous la direction d’Alexandre Volkoff, puis revient à Paris. L’arrivée du parlant provoque la fin de sa carrière d’acteur, en raison d’un accent russe très prononcé. Son seul rôle parlant à succès est celui du Sergent X de Vladimir Strijevski.

Il vit toujours à l’hôtel et change souvent d’appartements au gré de sa fortune. Il aide par l’envoi de colis son vieux père resté à Penza et sa première compagne, Olga Téléguine-Bronitski, actrice de théâtre tombée dans la misère dont il avait eu un fils en 1909 , restés à Moscou.

Après un dernier petit rôle en 1936, il termine sa vie dans la solitude et la misère et meurt de tuberculose à la clinique Saint-Pierre de Neuilly, le 17 janvier 1939.

Romain Gary se plaisait à faire croire qu’Ivan Mosjoukine était son père.

Bibliographie

– Anthologie du cinéma, tome 5, Collectif, L’Avant-Scène Cinéma, 1970.
– Ivan Mosjoukine, Jean Mitry, L’Avant-Scène Cinéma, 1969.
– Albatros : Des russes à Paris 1919-1929, François Albera, Mazzotta, 1998
– Ivan Mosjoukine : Ses débuts, ses films, ses aventures, Jean Arroy, Jean Pascal, 1927.

Filmographie comme réalisateur et scénariste

1923 Le brasier ardent
1921 L’enfant du carnaval

Filmographie comme scénariste

1934 L’enfant du carnaval de Alexandre Volkoff
1927 Casanova de Alexandre Volkoff
1926 Michel Strogoff (non crédité) de Viktor Tourjansky (non crédité)
1924 Le lion des Mogols (idée) de Jean Epstein
1924 Les ombres qui passent de Alexandre Volkoff
1924 Désorde et génie de Alexandre Volkoff
1923 La maison du mystère de Alexandre Volkoff
1921 Justice d’abord de Yakov Protazanov
1920 L’angoissante aventure de Yakov Protazanov
1916 Grekh de Georg Asagaroff

Filmographie comme acteur

1936 Nitchevo de Jacques de Baroncelli
1934 L’enfant du carnaval d’Alexandre Volkoff
1934 Casanova de René Barberis
1933 La mille et deuxième nuit d’Alexandre Volkoff
1932 Le sergent X de Vladimir Strizhevsky
1932 Sergeant X de Vladimir Strizhevsky
1930 Der weiße Teufel d’Alexandre Volkoff
1929 Manolescu – Der König der Hochstapler de Viktor Tourjansky
1929 Der Adjutant des Zaren de Vladimir Strizhevsky
1928 Der geheime Kurier de Gennaro Righelli
1928 Der Präsident de Gennaro Righelli
1927 Surrender d’Edward Sloman
1927 Casanova d’Alexandre Volkoff
1926 Michel Strogoff de Viktor Tourjansky
1926 Feu Mathias Pascal de Marcel L’Herbier
1924 Le lion des Mogols de Jean Epstein
1924 Les ombres qui passent d’Alexandre Volkoff
1924 Kean d’Alexandre Volkoff
1923 Le brasier ardent d’Ivan Mozzhukhin
1923 La maison du mystère d’Alexandre Volkoff
1923 Chlen parlamenta d’Yakov Protazanov
1922 Tempêtes de Robert Boudrioz
1921 Justice d’abord d’Yakov Protazanov
1921 L’Enfant du carnaval d’Ivan Mozzhukhin
1920 L’angoissante aventure d’Yakov Protazanov
1919 Tayna korolevy d’Yakov Protazanov
1918 Otets Sergiy d’Yakov Protazanov et Alexandre Volkoff
1918 Bogatyr dukha d’Yakov Protazanov
1918 Malyutka Elli d’Yakov Protazanov
1917 Kulisy ekrana de Georg Asagaroff et Alexandre Volkoff
1917 Satana likuyushchiy d’Yakov Protazanov
1917 Ne nado krovi d’Yakov Protazanov et Alexandre Volkoff
1917 Andrey Kozhukhov d’Yakov Protazanov
1917 Prokuror d’Yakov Protazanov
1916 Au sommet de sa gloire d’Alexandre Volkoff
1916 Grekh de Georg Asagaroff et Yakov Protazanov
1916 Zhenshchina s kinzhalom d’Yakov Protazanov
1916 Pikovaya dama d’Yakov Protazanov
1916 Nishchaya d’Yakov Protazanov
1915 Deti vanyushina (Court-métrage) d’Yakov Protazanov
1915 Komediya smerti (Court-métrage) de Pyotr Chardynin
1915 Para gnedych (Court-métrage) d’Yakov Protazanov
1915 Possessed (Court-métrage) d’Yakov Protazanov
1915 Vlast tmy (Court-métrage) de Pyotr Chardynin
1915 Vot vspykhnulo utro (Court-métrage) de Cheslav Sabinsky
1915 Nikolay Stavrogin d’Yakov Protazanov
1915 Potop de Pyotr Chardynin
1915 Natasha Rostova de Pyotr Chardynin
1915 Peterburgskiye trushchobi de Pyotr Chardynin, Vladimir Gardin et Yakov Protazanov
1915 Ruslan i Lyudmila de Wladyslaw Starewicz
1914 Revnost (Court-métrage) de Pyotr Chardynin
1914 Ty pomnish’ li? de Pyotr Chardynin
1914 Vot mchitsya troika pochtovaya (Court-métrage) d’Yevgeni Bauer
1914 V rukakh besposhchadnogo roka (Court-métrage) de Pyotr Chardynin
1914 Krizantemy (Court-métrage) de Pyotr Chardynin
1914 Slava – nam, smert’ – vragam (Court-métrage) d’Yevgeni Bauer
1914 Zhizn v smerti d’Yevgeni Bauer
1914 Sorvanets de Pyotr Chardynin
1914 Eyo geroyskiy podvig (Court-métrage) d’Yevgeni Bauer
1914 Zhenshchina zavtrashevo dnya de Pyotr Chardynin
1913 Bratja (Court-métrage) d’Andrej Gromov
1913 Dyadushkina kvartira (Court-métrage) d’Yevgeni Bauer et Pyotr Chardynin
1913 Khas Boulat (Court-métrage) de Vasili Goncharov
1913 Pyanstvo i yego posledstviya d’A. Dvoretsky
1913 Strashnaya mest de Wladyslaw Starewicz
1913 Voyna i mir (Court-métrage) de Pyotr Chardynin
1913 Noch pered Rozhdestvom (Court-métrage) de Wladyslaw Starewicz
1913 Domik v Kolomne (Court-métrage) de Pyotr Chardynin
1913 Obryv de Pyotr Chardynin
1913 Gore Sarry (Court-métrage) d’Aleksandr Arkatov
1913 Votsareniye doma Romanovykh de Pyotr Chardynin et Vasili Goncharov
1912 Mirele Efros (Court-métrage) d’Aleksandr Ivanov-Gai
1912 Snokhach (Court-métrage) d’Aleksandr Ivanov-Gai
1912 Strasnie pokoynik (Court-métrage) de Boris Youriev
1912 Rabochaya slobodka (Court-métrage) de Pyotr Chardynin
1912 Bratya Razboiniki (Court-métrage) de Vasili Goncharov
1911 Oborona Sevastopolya de Vasili Goncharov et Aleksandr Khanzhonkov
1911 Kreytserova sonata de Pyotr Chardynin
1911 Na boykom meste de Pyotr Chardynin