« Je crois que la vérité fait toujours scandale. »

« Pour faire un film, premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire, troisièmement, une bonne histoire. »

Henri-Georges Clouzot, né le 20 novembre 1907 à Niort et mort le 12 janvier 1977 dans à Paris est un scénariste, dialoguiste, réalisateur, et producteur de cinéma français.

Il est surtout connu pour son travail dans le genre du thriller, après avoir tourné Le Salaire de la peur et Les Diaboliques, placés par la critique au nombre des plus grands films des années 1950. Il réalise également des documentaires, dont Le Mystère Picasso, déclaré trésor national par le gouvernement français.

Henri-Georges Clouzot est l’un des trois réalisateurs, avec Michelangelo Antonioni et Robert Altman, à avoir remporté les trois récompenses suprêmes des principaux festivals européens à savoir le Lion d’or, la Palme d’or et l’Ours d’or.

Après des études classiques, il se dirige d’abord vers le journalisme. Il commence par superviser les versions françaises des opérettes allemandes, puis il écrit des scénarios pour Jacques de Baroncelli, Carmine Gallone ou Viktor Tourjansky. Il enchaîne avec deux adaptations : Les Inconnus dans la maison d’Henri Decoin avec Raimu, d’après le roman éponyme de Georges Simenon et Le Dernier des six de Georges Lacombe avec Pierre Fresnay et Suzy Delair, sa compagne, d’après Stanislas-André Steeman (qu’il adaptera deux fois encore pour L’assassin habite au 21 et Quai des Orfèvres).

Il écrit quatre pièces entre 1940 et 19432. Il débute réellement dans la mise en scène en 1942, bénéficiant de l’exil aux États-Unis des grands réalisateurs comme Jean Renoir, Julien Duvivier, René Clair… avec L’assassin habite au 21 et reforme le couple Pierre Fresnay-Suzy Delair. Puis il réalise en pleine occupation allemande un film sur un expéditeur de lettres anonymes Le Corbeau (1943), qui donne lieu à de vives polémiques dans une France qui souffre alors de la délation. Le scénario est de Louis Chavance d’après un fait divers passé à Tulle dans les années 1920. Une campagne communiste est lancée contre Clouzot comparant son film à Mein Kampf et l’accusant d’offrir une image négative de la France et en même temps son film est condamné par les conservateurs et la Centrale catholique pour immoralité tandis que Goebbels le fait diffuser à l’étranger. À la Libération, contrairement à la plupart des autres employés de la Continental-Films, Clouzot échappe à la prison, mais se voit frappé d’une suspension professionnelle à vie.

Grâce à l’intervention de personnalités comme Pierre Bost, Jacques Becker ou encore Henri Jeanson qui signe un texte corrosif « Cocos contre corbeau », Clouzot revient à la réalisation et remporte plusieurs récompenses aux festivals de Venise, de Berlin et de Cannes avec Quai des Orfèvres en 1947 (où il offre pour la dernière fois un rôle à Suzy Delair), Miquette et sa mère en 1949, tous les deux avec Louis Jouvet, Manon (1949) (d’après Manon Lescaut de l’abbé Prévost), Le Salaire de la peur (d’après le roman de Georges Arnaud), avec Yves Montand et Charles Vanel en 1952, films ayant tous bénéficié d’une large audience. Il fut surnommé le « Hitchcock français ».

Ses trois premiers films trahissent l’influence du cinéma expressionniste, et surtout de Fritz Lang. Il est animé par une sorte de perfectionnisme qui le conduit parfois à tyranniser ses acteurs. Moraliste jetant un regard souvent pessimiste sur la société, il est le réalisateur de plusieurs autres films célèbres dont Les Diaboliques (1954), film policier haut en suspense mettant en scène un couple ambivalent et ambigu interprété par Simone Signoret et Véra Clouzot, soupçonnées du meurtre du mari de cette dernière (Paul Meurisse) par un inspecteur à la logique implacable (Charles Vanel) ; Le Mystère Picasso (1956), un grand documentaire sur la méthode du peintre et sur la naissance de quelques-uns de ses tableaux ; et La Vérité (1960) avec Brigitte Bardot.

Malgré la mise en route de plusieurs projets, Henri-Georges Clouzot n’arrive pas à les concrétiser, et meurt le 12 janvier 1977, sans avoir pu réaliser d’autres films après La Prisonnière (1968).

Bibliographie

– Le Mystère Clouzot, Collectif, LienArt, 2017.
– Le Corbeau d’Henri-Georges Clouzot, Collectif, L’Avant-Scène Cinéma, 2017.
– Les Métamorphoses d’Henri-Georges Clouzot, Chloé Folens, Vendémiaire, 2017.
– Henri-Georges Clouzot: l’oeuvre fantôme, Claude Gauteur, LettMotif, 2017.
– Clouzot critiqué, Claude Gauteur, Séguier, 2013.
– Romy dans L’Enfer: Les images inconnues du film inachevé d’Henri-Georges Clouzot, Serge Bromberg, Albin Michel, 2009.
– 10 films oubliés vers une réhabilitation, Sébastien Miguel, Le Manuscrit, 2007.
– Les écrans de la guerre:Le cinéma français de 1940 à 1944, Philippe d’Hugues, Editions De Fallois, 2005
– Clouzot cinéaste, José-Louis Bocquet et Marc Godin, La Sirène, 1993/Horizon illimité, 2002/La Table Ronde, 2011.
– Henri-Georges Clouzot : Cannes 1956, Gérard Pangon et Pascal Mérigeau, Arte / Mille et une nuits, 1997.
– Quai des Orfèvres, Collectif, L’Avant-Scène Cinéma, 1999.
– L’Âge classique du cinéma français: du cinéma parlant à la Nouvelle Vague (1928 – 1959), Pierre Billard, Flammarion, 1999.
– Les Diaboliques, Collectif, L’Avant-Scène Cinéma, 1997.
– Pour une contre-histoire du cinéma, Francis Lacassin, Actes Sud, 1994.
– Anthologie du cinéma, tome 10, Collectif, L’Avant-Scène Cinéma, 1981.
– La lanterne magique: mémoires d’une scripte, Jeanne Witta-Montrobert, Calmann-Lévy, 1980.
– Le Corbeau, Collectif, L’Avant-Scène Cinéma, 1977.
– Pour une contre-histoire du cinéma, Francis Lacassin, 10X18, 1972.
– Henri-Georges Clouzot, Philippe Pilard, Seghers, 1968.
– Le Procès Clouzot, Francis Lacassin et Raymond Bellour, Le Terrain Vague, 1964.
– Le Procès Clouzot, Francis Lacassin et Raymond Bellour, Le Terrain vague, 1964.
– Quai des orfèvres, Collectif, L’Avant-Scène Cinéma, 1963.
– Le Salaire de la peur, Collectif, L’Avant-Scène Cinéma, 1962.
– Le Cheval des Dieux, Henri-Georges Clouzot, Juillard, 1951.
– Henri-Georges Clouzot, Le Cheval des dieux, éditions Julliard, 1951.
– François Chalais présente Henri-Georges Clouzot, François Chalais, Éditions Jacques Vautrin, 1950.

Filmographie comme réalisateur et scénariste

2009 L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot de Serge Bromberg et Ruxandra Medreab (Documentaire)
1968 La prisonnière réalisation et scénario
1967 Anton Dvorak: Symphonie Nr. 9 e-Moll op. 95 ‘Aus der neuen Welt’ (Documentaire TV)
1967 Mozart Coronation Mass & Verdi Te Deum RAI Roma Orchestra(Documentaire TV)
1967 Messa da Requiem von Giuseppe Verdi (Documentaire TV)
1965 Die Kunst des Dirigierens (TV)
1964 L’enfer réalisation et scénario
1960 La vérité réalisation et scénario
1957 Les espions réalisation et scénario
1956 Le mystère Picasso (Documentaire TV)
1955 Les diaboliques réalisation et scénario
1953 Le salaire de la peur réalisation et scénario
1950 Le voyage en Brésil (non treminé)
1950 Miquette et sa mère réalisation et scénario
1949 Retour à la vie (segment « 3: « Le retour de Jean ») réalisation et scénario
1949 Manon réalisation et scénario
1947 Quai des Orfèvres réalisation et scénario
1943 Le corbeau réalisation et scénario
1942 L’assassin habite… au 21 réalisation et scénario
1934 Caprice de princesse réalisation et scénario
1933 Tout pour l’amour réalisation et scénario
1931 La terreur des Batignolles (Court-métrage)

Filmographie comme scénariste

1996 Diabolique de Jeremiah S. Chechik (remake « Les Diaboliques »)
1994 L’enfer de Claude Chabrol (remake de L’enfer 1964)
1942 Les inconnus dans la maison de Henri Decoin
1941 Le dernier des six de Georges Lacombe
1941 Le duel de Pierre Fresnay
1939 Le monde tremblera de Richard Pottier
1938 Le révolté de Léon Mathot
1938 Éducation de prince de Alexander Esway
1934 Un château dans le Midi de Géza von Bolváry
1933 La chanson d’une nuit de Pierre Colombier et Anatole Litvak
1932 Le roi du Palace Hôtel de Carmine Gallone
1932 Faut-il les marier? de Pierre Billon et Carl Lamac
1932 Le dernier choc de Jacques de Baroncelli
1932 Niebla de Benito Perojo
1931 Le chanteur inconnu de Victor Tourjansky
1931 Un soir de rafle de Carmine Gallone
1931 Ma cousine de Varsovie de Carmine Gallone
1931 Je serai seule après minuit de Jacques de Baroncelli