« La lumière donne à voir mais plus encore, elle donne à penser. »

Henri Alekan est un directeur de la photographie français, né le 10 février 1909 à Paris et mort le 15 juin 2001 à Auxerre (Yonne).

Henri Alekan étudie au Conservatoire national des arts et métiers, puis à l’Institut d’optique, tout en suivant les cours pratiques de Pathé-Cinéma. Assistant opérateur (notamment du chef opérateur Eugen Schüfftan) dès 1928, ses sympathies syndicales pour le Front populaire l’amènent à créer une association des assistants opérateurs. Il est ensuite, jusqu’en 1940, cadreur puis chef opérateur.

Interdit d’exercer la profession de directeur de la photographie par la loi sur le statut des juifs du gouvernement de Vichy, il fonde à Cannes à l’automne 1940 le Centre artistique et technique des jeunes du cinéma (CATJC), qui prend la forme associative à Nice en mars 1941 et dont feront partie Philippe Agostini, Jacqueline Audry, Yves Baudrier, René Clément, Paul Gilson, Maurice Labro, Tony Leenhardt, Jean Lods, Louis Page, Georges Régnier, Claude Renoir, André Thomas…

À la Libération, il participe à la Commission supérieure technique (CST), fondée en septembre 1944 chez Max Douy par Jean Painlevé entre autres. Après guerre, il est également cofondateur avec Louis Daquin de la Coopérative générale du cinéma français, pour la production de films exigeants.

La célébrité vient à la Libération avec un des films produits par la Coopérative, La Bataille du rail de René Clément (1946), dans le style documentaire. La même année, le succès redouble avec La Belle et la Bête, de Jean Cocteau, dans le style fantastique. Son principal collaborateur est désormais le chef électricien Louis Cochet, qu’il a connu résistant.

Sans effets recherchés, mais toujours au service du réalisateur, Henri Alekan a joué de sa capacité à passer du réalisme à la poésie dans Les Maudits (René Clément, 1947), dans Les Amants de Vérone (André Cayatte, 1949), dans La Marie du port (Marcel Carné, 1949) ou dans Une si jolie petite plage (Yves Allégret, 1949), se révélant un maître de la photographie en noir et blanc. Le passage à la couleur ne le prend pas à de court, comme le montrent Austerlitz (Abel Gance, 1960) ou La Princesse de Clèves (Jean Delannoy, 1961).

Son engagement ne cesse pas avec le succès. Avec Albert Viguier et Max Douy, il crée l’AFC et prend des responsabilités au sein de l’Union des auteurs réalisateurs et techniciens du cinéma et de la télévision, qui est une caisse de secours.

En 1949, il assure lui-même la réalisation d’un documentaire, L’Enfer de Rodin. En 1986, il récidive avec La Petite Danseuse de Degas. En 1987, il apporte une contribution essentielle à la réussite des Ailes du Désir de Wim Wenders. Deux ans plus tard, il se met au service de l’IMAX pour un film de Pierre Etaix destiné à La Géode.

Au début des années 1970, afin de pallier l’absence de cours du soir à l’IDHEC, il crée le Cours Alekan, initialement accueilli par Sylvia Monfort dans son Carré (square des Arts et Métiers). Il fut ensuite déplacé dans le quartier Latin, à l’Institut de l’audiovisuel, rue Henri-Barbusse, puis à la cinémathèque du Palais de Chaillot, ensuite au Studio Action. Le cours, hébergé à sa fin à la Filmothèque du quartier latin qui était en liaison avec les universités de Nanterre et de Jussieu, s’est arrêté en 2009.

Son travail a inspiré Cosette Harcourt pour le style du Studio Harcourt.

Inventeur d’un procédé d’éclairage, Transflex, il consacre la fin de sa vie à des spectacles de mise en lumière des villes, les Chemins de lumière.

Il décéde le 15 juin 2001 à Auxerre (Yonne).

Publications

– Henri Alekan: L’Enfant des lumières, Pierre-Alexandre Schwab, Hermann, 2012.
– Le Vécu et l’Imaginaire. Chroniques d’un homme d’images, Henri Alekan, Philippe Pierre-Adolphe et José-Louis Bocquet,
Éditions La Sirène, 1999, La Table Ronde, 2019.
– Question de Lumières en collaboration de Robert Doisneau, Édition Stratem, 1993.
– La belle et la bête, Henri Alekan, Robert Hammond et Jean Cocteau, Éditions du Collectionneur, 1992.
– Des lumières et des ombres, Éditions du Collectionneur, 1984.

Filmographie comme directeur de la photographie

1993 Golem, le jardin pétrifié d’Amos Gitai
1992 Golem, l’esprit de l’exil d’Amos Gitai
1991 Naissance d’un Golem d’Amos Gitai
1990 Cézanne (Documentaire) de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub
1989 J’écris dans l’espace (Documentaire) de Pierre Etaix
1989 Berlin-Jérusalem d’Amos Gitai
1988 Im Exil der ertrunkener Tiger (Court-métrage) de Gi Brenig
1987 Les ailes du désir (Der Himmel über Berlin) de Wim Wenders
1986 Esther d’Amos Gitai
1985 A Strange Love Affair d’Éric de Kuyper et Paul Verstaten
1985 New Order: The Perfect Kiss (Clip) de Jonathan Demme
1984 Cinéma cinémas (Documentaire TV) (114 épisode) de Raoul Ruiz
– 7 faux raccords
1985 Notre nazi (Documentaire) de Robert Kramer
1984 Wundkanal de Thomas Harlan
1983 Une pierre dans la bouche de Jean-Louis Leconte
1983 La belle captive d’Alain Robbe-Grillet
1982 En rachâchant (Court-métrage) de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub
1982 La truite de Joseph Losey
1982 L’état des choses (Der Stand der Dinge) de Wim Wenders
1982 Le toit de la baleine de Raoul Ruiz
1981 Pour la vie (Court-métrage) de Chantal Picault
1981 Le territoire de Raoul Ruiz
1979 La dame de Monte Carlo de Dominique Delouche
1978 Les Divisions de la nature (Court-métrage documentaire TV) de Raoul Ruiz
1977 L’ombre et la nuit de Jean-Louis Leconte
1975 La pépée du gangster (La Pupa del Gangster) de Giorgio Capitani
1971 Soleil rouge de Terence Young
1971 La possédée (TV) de Eric Le Hung
1970 Matisse: Centennial at the Grand Palais (Documentaire) de Pierre Schneider
1970 Deux hommes en fuite (Figures in a Landscape) de Joseph Losey
1969 L’arbre de Noël de Terence Young
1968 Fun and Games for Everyone de Serge Bard
1968 Ici et maintenant de Serge Bard
1968 Mayerling de Terence Young
1967 Versailles (Court-métrage documentaire) d’Albert Lamorisse
1966 La fantastique histoire vraie d’Eddie Chapman (Triple Cross) de Terence Young
1966 Opération Opium (The Poppy is Also a Flower) de Terence Young
1965 Lady L de Peter Ustinov
1964 Le récit de Rebecca (Court-métrage) de Paul Vecchiali
1964 Topkapi de Jules Dassin
1964 Le mandarin merveilleux (TV) de Yves-André Hubert
1963 La caméra explore le temps (TV) (38 épisode)
– La vérité sur l’affaire du courrier de Lyon
1963 El otro Cristóbal d’Armand Gatti
1962 Le couteau dans la plaie d’Anatole Litvak
1962 Les Parisiennes (segments « Ella », « Antonio ») de Marc Allégret, Claude Barma, Michel Boisrond et Jacques Poitrenaud
1961 Avant le petit déjeuner (Court-métrage) d’Artur Ramos
1961 Les collants noirs de Terence Young
1961 La princesse de Clèves de Jean Delannoy
1960 Austerlitz d’Abel Gance
1959 Le mariage de Figaro de Jean Meyer
1959 Le secret du Chevalier d’Éon de Jacqueline Audry
1959 Douze heures d’horloge de Géza Von Radványi
1958 Cerf-volant du bout du monde de Roger Pigaut
1958 Le bourgeois gentilhomme de Jean Meyer
1957 Casino de Paris d’André Hunebelle
1957 Le cas du Docteur Laurent de Jean-Paul Le Chanois
1957 Don Carlos (TV) de Pierre Viallet
1957 Typhon sur Nagasaki d’Yves Ciampi
1956 Un matin comme les autres (Court-métrage) de Yannick Bellon
1956 Le salaire du péché de Denys de La Patellière
1955 La meilleure part d’Yves Allégret
1955 Les héros sont fatigués d’Yves Ciampi
1955 Frou-Frou d’Augusto Genina
1955 Port du désir d’Edmond T. Gréville
1954 La reine Margot de Pierre Chevalier
1954 Les impures de Jean Dréville
1954 Zoé de Charles Brabant
1953 Julietta de Marc Allégret
1953 Vacances romaines (Roman Holiday) de William Wyler
1953 Quand tu liras cette lettre de Jean-Pierre Melville
1953 Les Amours finissent à l’aube d’Henri Calef
1952 Le Fruit défendu d’Henri Verneuil
1952 Trois femmes (segment « Boitelle ») d’André Michel
1952 Un homme à détruire (Imbarco a mezzanotte) de Joseph Losey
1951 Paris est toujours Paris (Parigi è sempre Parigi) de Luciano Emmer
1951 Le Voyage en Amérique d’Henri Lavorel
1951 Juliette ou La clef des songes de Marcel Carné
1950 Ma pomme de Marc-Gilbert Sauvajon
1950 La Marie du port de Marcel Carné
1949 Les Amants de Vérone d’André Cayatte
1949 Une si jolie petite plage d’Yves Allégret
1948 Anna Karenina de Julien Duvivier
1947 Le diable souffle d’Edmond T. Gréville
1947 Les maudits de René Clément
1947 Passionnelle (scénes de nuits, non crédité)
1946 La Belle et la Bête de Jean Cocteau
1946 La Bataille du rail de René Clément
1946 Comédiens ambulants (Court-métrage documentaire)
1945 Échec au roy de Jean-Paul Paulin
1944 Les petites du quai aux fleurs de Marc Allégret
1942 Ceux du rail (Court-métrage documentaire) de René Clément
1941 Vénus aveugle d’Abel Gance
1940 Les Musiciens du ciel (non crédité) de Georges Lacombe
1940 Tobie est un ange d’Yves Allégret
1937 La danseuse rouge de Jean-Paul Paulin
1936 La vie est à nous de Jean Renoir