« L’échelle du succès à Hollywood est généralement un agent de presse, un acteur, un réalisateur, un producteur, un homme de premier plan; et vous êtes une star si vous couchez avec chacun d’eux dans cet ordre. Brut, mais vrai. »

Hedy Lamarr est une actrice, productrice de cinéma et une scientifique autrichienne et américaine, née Hedwig Eva Maria Kiesler le 9 novembre 1914 à Vienne (Autriche-Hongrie), morte le 19 janvier 2000 à Altamonte Springs (Floride).

Comptant parmi les stars mythiques, elle connait une notoriété internationale dès son cinquième film, Extase en 1933, où elle simule, entièrement nue, un orgasme extrêmement subversif pour l’époque.

Georg Jacoby l’engage pour deux films – Geld auf der Strasse et Tempête dans un verre d’eau, en 1930 et 1931 – et comme scripte pour la garder près de lui. La jeune fille est ensuite engagée par le metteur en scène de théâtre Max Reinhardt.

Elle tourne ensuite Pas besoin d’argent de Carl Boese (codirecteur du classique Le Golem), Les Treize Malles de monsieur O. F. d’Alexis Granowsky avec notamment Peter Lorre.

En 1933, dans Extase de Gustav Machaty, dont l’histoire est proche de L’Amant de lady Chatterley, sa nudité fait sensation et cette réputation sulfureuse ne la quittera plus. Le film, présenté à la Biennale de Venise, est condamné par le pape Pie XII. Par la suite, la jeune femme remporte un grand succès en jouant Elizabeth d’Autriche (Sissi) sur scène.

Hedy Kiesler réapparaît à l’écran, liée avec la M.G.M., le plus grand studio d’Hollywood, par un contrat de sept ans durant lesquels elle interprètera une quinzaine de longs métrages. Cette carrière américaine débute avec Casbah de John Cromwell, un remake de Pépé le Moko de Julien Duvivier. Promue révélation et nouvelle sensation de Hollywood, elle enchaîne dans la veine exotique avec le romanesque La Dame des tropiques de Jack Conway, sur un scénario de Ben Hecht avec pour partenaire Robert Taylor, et entame au côté de Spencer Tracy le tournage complexe de Cette femme est mienne également sur un scénario de Hecht, commencé par Josef von Sternberg, repris par Frank Borzage non crédité et achevé par W. S. Van Dyke, qui le signe seul.

Lamarr s’illustre dans la comédie anti-soviétique Camarade X de King Vidor, face à Clark Gable, sur un scénario de Ben Hecht : dans un rôle proche de Ninotchka tourné l’année précédente, elle parodie Greta Garbo en aggravant sa voix. La veine parodique lui vaut de nouveau la faveur des critiques et du public. Elle retrouve, dans un rôle qui annonce les futures héroïnes de ses films noirs, Tracy et Conway pour les aventures de La Fièvre du pétrole.

En 1941 elle joue avec Judy Garland et Lana Turner dans La Danseuse des Folies Ziegfeld de Robert Z. Leonard, un des grands succès de l’année. Elle propose en collaboration avec George Antheil, un système secret de communication applicable aux torpilles radio-guidées.

Victor Fleming, le metteur en scène d’Autant en emporte le vent, la dirige dans l’adaptation du roman réaliste de John Steinbeck, Tortilla Flat, qui traite de la vie de pauvres pêcheurs californiens. Dans Tondelayo de Richard Thorpe, grimée en noir, elle est une indigène de la Sierra Leone, vile tentatrice de Walter Pidgeon et Richard Carlson, mais sa carrière menace de sombrer dans la série B. Elle tourne encore une comédie, Le Corps céleste d’Alexander Hall.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’exilée participe à l’effort de guerre américain, entourée de Paul Henreid, Sydney Greenstreet et Peter Lorre, avec le film noir Les Conspirateurs de Jean Negulesco, récit d’espionnage contemporain ; enfin, dans un registre proche, Angoisse de Jacques Tourneur, un des rares budgets importants du réalisateur. Le film est la production la plus coûteuse de la RKO en 1944.

En 1945, Hedy interprète le dernier film de son contrat avec la MGM, la comédie La Princesse et le Groom réalisée par Thorpe. Les ambitions de Mayer ont fait long feu. De Sternberg à Thorpe, Hedy Lamarr a échoué à devenir la nouvelle Garbo.

En 1946, la star se lance dans la production indépendante. Le Démon de la chair est réalisé pour partie par Douglas Sirk, autre émigré de Berlin, et signé par le viennois Edgar Ulmer. Ce psychodrame en costumes, d’un romantisme exacerbé, se déroule dans la Nouvelle-Angleterre au début du xixe siècle et offre son meilleur rôle à Lamarr : le portrait d’une criminelle schizophrène. Ceci est d’après un roman de Ben Ames Williams, auteur également de Péché mortel dont l’adaptation à l’écran valut à Gene Tierney une nomination à l’Oscar. Le Démon de la chair demeure, avec Extase et Samson et Dalila, un de ses classiques.

Les neuf années suivantes sont marquées par une relative discrétion, malgré le triomphe du péplum Samson et Dalila de Cecil B. DeMille (1949) inspiré du Livre des Juges, avec Victor Mature et George Sanders. il fixe pour longtemps son image de femme fatale, froide et sans cœur.

En 1957, Hedy Lamarr partage le générique de son dernier film officiel, Femmes devant le désir de Harry Keller.
Au lendemain de son plus grand succès, Samson et Dalila, la chute de la star est amorcée. Elle se retire en 1957 après une série d’échecs. Selon des sources obscures, elle mène une vie mondaine pendant quelques années et dilapide sa fortune. Elle expérimente la chirurgie esthétique, sans succès.
Dès 1960, elle est arrêtée pour vol à l’étalage et relâchée sans procès. En 1966, prise en flagrant délit de vol de produits de beauté dans une grande surface à Los Angeles, elle est jugée et relaxée.

Elle décède le 19 janvier 2000 à Altamonte Springs (Floride).

Le livre de souvenirs de Hedy Lamarr, paru en 1966, a causé des dommages à son image de déesse intouchable. Le livre fut même précédé de deux introductions, une médicale et une psychiatrique, car la sexualité non maritale était alors considérée comme pathologique.

« Peut-être mon problème dans le mariage — et c’est le problème de beaucoup de femmes — a été de vouloir à la fois l’intimité et l’indépendance » Hedy Lamarr

Bibliographie

– Ecstasy and me : La folle autobiographie d’Hedy Lamarr, Hedy Lamarr, Séguier, 2018.
– Hedy Lamarr: The Most Beautiful Woman in Film, Ruth Barton, University Press of Kentucky, 2012. (Anglais)
– Hedy’s Folly: The Life and Breakthrough Inventions of Hedy Lamarr, Richard Rhodes, Doubleday, 2011. (anglais)
– Beautiful: The Life of Hedy Lamarr, Stephen Michael Shearer, Thomas Dunne, 2010. (anglais)

Filmographie

1958 The Female Animal d’Harry Keller
1957 The Story of Mankind d’Irwin Allen
1957 Zane Grey Theater (TV Series)
1957 Slaughter on Tenth Avenue (scènes coupées) d’Arnold Laven
1957 Shower of Stars (TV Series)
1954 I cavalieri dell’illusione de Marc Allégret
1954 L’eterna femmina de Marc Allégret
1954 L’amante di Paride de Marc Allégret et Edgar G. Ulmer
1951 My Favorite Spy de Norman Z. McLeod
1950 Copper Canyon de John Farrow
1950 A Lady Without Passport de Joseph H. Lewis
1949 Samson and Delilah de Cecil B. DeMille
1948 Let’s Live a Little de Richard Wallace
1947 Dishonored Lady de Robert Stevenson
1946 The Strange Woman d’Edgar G. Ulmer et Douglas Sirk (non crédité)
1945 Her Highness and the Bellboy de Richard Thorpe
1944 Experiment Perilous de Jacques Tourneur
1944 The Conspirators de Jean Negulesco
1944 The Heavenly Body d’Alexander Hall et Vincente Minnelli (non crédité)
1942 White Cargo de Richard Thorpe
1942 Crossroads de Jack Conway
1942 Tortilla Flat de Victor Fleming
1941 H.M. Pulham, Esq. de King Vidor
1941 Ziegfeld Girl de Robert Z. Leonard et Busby Berkeley
1941 Come Live with Me de Clarence Brown
1940 Comrade X de King Vidor
1940 Boom Town de Jack Conway
1940 I Take This Woman de W.S. Van Dyke, Frank Borzage (non crédité) et Josef von Sternberg (non crédité)
1939 Lady of the Tropics de Jack Conway et Leslie Fenton (non crédité)
1938 Algiers de John Cromwell
1933 Ekstase de Gustav Machatý
1932 Man braucht kein Geld de Carl Boese
1931 Die Koffer des Herrn O.F. d’Alexis Granowsky
1931 Die Blumenfrau von Lindenau de Georg Jacoby
1930 Geld auf der Straße de Georg Jacoby