« Harru Baur fut l’un des plus grands acteurs de son temps. Son autorité sur la scène ou sur l’écran était souveraine. Il passait sans effort du drame le plus noir à la comédie bouffe et il savait son métier aussi bien que l’illustre Lucien Guitry. »
Marcel Pagnol

Henri-Marie Rodolphe Baur, dit Harry Baur, né le 12 avril 1880 dans le 11e arrondissement de Paris, ville où il est mort le 8 avril 1943 dans le 9e arrondissement, est un comédien français, considéré comme l’un des plus grands de la première moitié du xxe siècle.

Né à Paris d’un père alsacien originaire de Heimsbrunn et d’une mère lorraine native de Bitche, il part très jeune pour Marseille afin de fuir l’éducation religieuse israélite à laquelle sa famille voulait le contraindre. Il intègre la section rugby à XV de l’Olympique de Marseille et entame des études d’hydrographie, puis se dirige vers le théâtre. S’étant vu refusé au Conservatoire d’art dramatique de Paris, il suit des cours privés. Sa carrière théâtrale démarre avant la Première Guerre mondiale.

Il épouse en 1910 l’actrice Rose Cremer, connue sous le nom de Rose Grane, avec laquelle il a trois enfants. Elle décédera lors d’un voyage en Algérie. Il se remarie plus tard avec Rika Radifé, elle-même actrice de théâtre.

De tous les grands acteurs dramatiques du cinéma français d’avant la Seconde Guerre mondiale, Harry Baur est peut-être celui dont on se souvient curieusement le moins. Monstre sacré des années trente et quarante, il impose sa personnalité puissante et son jeu tout en finesse. Sa carrière décolle avec la rencontre de Julien Duvivier en 1930. Il tourne 30 films en 12 ans. Il est notamment en 1934 l’un des interprètes les plus marquants de Jean Valjean dans la version des Misérables signée Raymond Bernard, où il donne la réplique à Charles Vanel, alias Javert, et un Beethoven saisissant dans le film d’Abel Gance, Un grand amour de Beethoven. Parmi ses nombreuses compositions remarquables, on peut citer Volpone pour le film de Maurice Tourneur en 1940, aux côtés de Louis Jouvet incarnant Mosca. À cette date il est au sommet de sa carrière. Au théâtre il reprend en 1931 le rôle de César, créé par Raimu, dans Fanny, la deuxième pièce de la trilogie de Pagnol. Il a été fait officier de la Légion d’honneur le 31 juillet 1936.

L’Occupation n’interrompt pas sa carrière. En 1941, il incarne le père Cornusse dans L’Assassinat du Père Noël de Christian-Jaque, le premier film de la compagnie à capitaux allemands d’Alfred Greven, la Continental-Films. Néanmoins, depuis les débuts de l’Occupation, des journaux français antisémites l’accusent d’être juif. L’acteur s’en défend en faisant publier un certificat « d’aryanité ». C’est alors qu’il part à Berlin tourner le rôle masculin principal de la Symphonie d’une vie (Symphonie eines Lebens) d’Heinz Bertram aux côtés d’Henny Porten et de Gisela Uhlen. Rentré en France au printemps 1942, la rumeur sur ses origines reprend de plus belle et, à la suite d’une nouvelle dénonciation, il est arrêté avec sa femme le 30 mai. Les nazis sont furieux qu’un juif ait pu tenir le premier rôle d’un film allemand. Prisonnier de la Gestapo pendant quatre mois dans des conditions très rudes, il est libéré le 19 septembre 1942, ses tortionnaires ayant finalement conclu qu’il n’était pas juif. Il ne se remettra cependant jamais des conditions de sa détention et meurt moins d’un an plus tard le 8 avril 1943. Il repose au cimetière Saint-Vincent, à Montmartre, où sa tombe est encore parfois fleurie.

Bibliographie

– Harry Baur, de Hervé Le Boterf, Pygmalion, 1997.

Filmographie

1943 Symphonie d’une vie de Hans Bertram
1941 Péchés de jeunesse de Maurice Tourneur
1941 L’assassinat du Père Noël de Christian-Jaque
1941 Volpone ou l’amour de l’or de Maurice Tourneur
1940 Le président Haudecoeur de Jean Dréville
1940 L’homme du Niger de Jacques de Baroncelli
1938 Taras Bulba d’Adrian Brunel, Albert de Courville et Alexis Granowsky
1938 Le patriote de Maurice Tourneur
1938 Nostalgie de Victor Tourjansky
1938 La tragédie impériale de Marcel L’Herbier
1938 Mollenard de Robert Siodmak
1937 Un carnet de bal de Julien Duvivier
1937 Les secrets de la Mer Rouge de Richard Pottier
1937 Sarati, le terrible d’André Hugon
1937 Paris de Jean Choux
1936 Les hommes nouveaux de Marcel L’Herbier
1936 L’agonie du sous-marin (Nitchevo) de Jacques de Baroncelli
1936 Un grand amour de Beethoven d’Abel Gance
1936 Tarass Boulba d’Alexis Granowsky
1936 Samson de Maurice Tourneur
1936 Le golem de Julien Duvivier
1935 Moscow Nights (Les nuits moscovites) d’Anthony Asquith
1935 Les yeux noirs de Victor Tourjansky
1935 Crime et châtiment de Pierre Chenal
1935 Golgotha de Julien Duvivier
1934 Les nuits moscovites d’Alexis Granowsky
1934 Un homme en or de Jean Dréville
1934 Le Greluchon délicat ou Le valet de coeur de Jean Choux
1934 Les misérables de Raymond Bernard
1933 Cette vieille canaille d’Anatole Litvak
1933 La tête d’un homme de Julien Duvivier
1933 Criminel de Jack Forrester
1933 Un nom qui rapporte de Marco de Gastyne
1932 Les trois mousquetaires d’Henri Diamant-Berger
1932 Criminel de Jack Forrester
1932 Poil de carotte de Julien Duvivier
1931 Les cinq gentlemen maudits de Julien Duvivier
1931 Le cap perdu d’Ewald Andreas Dupont
1931 David Golder de Julien Duvivier
1931 Le Juif polonais de Jean Kemm
1924 La voyante de Leon Abrams
1918 Angoisse dans la nuit (Court-métrage)
1918 L’âme du bonze d’Henry Roussell
1917 Sous la griffe d’Albert Dieudonné
1917 48, avenue de l’Opéra de Georges Denola
1916 Quand meurt l’amour de Raoul d’Auchy (Court-métrage)
1916 Fleur de Paris d’André Hugon (Court-métrage)
1916 Chignon d’or d’André Hugon
1915 Strass et Compagnie d’Abel Gance
1914 Le roman de Carpentier (Court-métrage)
1914 Monsieur Lecoq de Maurice Tourneur
1913 Shylock d’Henri Desfontaines (Court-métrage)
1912 Le secret du lac (Court Métrage)
1912/I Les cheveux d’or de Pierre Bressol (Court-métrage)
1912 Les amis de la mort (Court-métrage)
1912 La fille des chiffonniers (non confirmé) de Georges Monca (Court-métrage)
1911 Frisette, blanchisseuse de Georges Denola (Court-métrage)
1911 Vidocq de Gérard Bourgeois (Court-métrage)
1910 L’évasion d’un truand de Michel Carré (Court-métrage)
1910 L’évasion de Vidocq de Georges Denola (Court-métrage)
1910 La haine d’Albert Capellani (Court-métrage)
1910 La noce à Canuche de Michel Carré (Court-métrage)
1910 Le four à chaux de Michel Carré (Court-métrage)
1910 Le messager de Notre-Dame de Léon Boulnois (Court-métrage)
1910 Sur la pente de Michel Carré (Court-métrage)
1910 Les aventuriers du Val d’Or (Court-métrage)
1910 Les suicides du louf de Michel Carré (Court-métrage)
1910 Le naufragé de Michel Carré (Court-métrage)
1910 La miniature de Michel Carré (Court Métrage)
1909 Arsène Lupin de Michel Carré (Court Métrage)
1909 Don César de Bazan de Victorin-Hippolyte Jasset (Court-métrage)
1909 Hector est un garçon sérieux (Court-métrage)
1909 Beethoven de Victorin-Hippolyte Jasset (Court-métrage)
1909 La légende du bon chevalier de Victorin-Hippolyte Jasset (Court-métrage)
1909 Octave (Court-métrage)
1909 L’enlèvement de Mademoiselle Biffin (Court-métrage)
1909 Les petits iront à la mer (Court-métrage)
1909 La jeunesse de Vidocq ou Comment on devient policier (Court-métrage)
1908 Le bon cambrioleur (Court-métrage)
1908 L’assommoir d’Albert Capellani d’aprés Émile Zola (Court-métrage)